Scènes La metteuse en scène brésilienne répète à Bruxelles "O Agora que demora", second volet de son diptyque "Notre Odyssée". En V.F., "Le présent qui déborde" sera créé à Avignon le 5 juillet. Puis repris au National en octobre. Entre théâtre et cinéma, entre art et politique, aux côtés des Ulysses d’aujourd’hui.

Enfant de la dictature, formée à la philosophie, metteuse en scène et réalisatrice ayant grandi à Rio, Christiane Jatahy a plus d’une fois séduit le public bruxellois. Avec Julia, adapté de Strindberg, au Varia dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. Présentée au National, sa version double des Trois sœurs de Tchekhov – What if they went to Moscow ? – était jouée et filmée dans une salle, et la réalisation projetée en direct, simultanément, dans une autre. Plus récemment encore, et au National toujours, on découvrait Ithaque - Notre Odyssée I, spectaculaire et sensible (et double à nouveau) traitement des exils de tout temps, à la lumière d’Homère.

Second volet de ce diptyque, O Agora que demora fut présenté début mai à São Paulo, au Brésil. C’est avec une distribution neuve que Christiane Jatahy répétait en juin au National (coproducteur du spectacle) la version française – Le Présent qui déborde – qui verra le jour vendredi au Festival d’Avignon, avant de retrouver Bruxelles à l’automne.

"Notre Odyssée" est donc un cycle. Une recherche qui se poursuit ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir vu une partie du diptyque pour voir l’autre. Et en effet, l’idée du cycle permet d’approfondir la recherche, la matière, qui inclut le mouvement du public, notamment dans Ithaque [le dispositif est bifrontal et les spectateurs passent, à mi-spectacle, de l’autre côté du décor, NdlR], et la présence des acteurs.

Qu’est-ce que ce "présent qui déborde" ?

Le moment de l’Odyssée que je monte dans les deux spectacles n’est pas le même. Ithaque, c’est l’instant final où, tandis qu’Ulysse reste sur l’île de Calypso, Pénélope peine à supporter ce qui se passe, et la guerre qui arrive. On se concentre sur l’instant – avec des témoignages, des histoires de traversées, de réfugiés, qui sont une inspiration. Ici c’est tout le parcours, et pas seulement un instant de l’Odyssée.

Entre le titre français Le Présent qui déborde et le portugais, le sens général est similaire mais il y a une nuance. Agora signifie "maintenant" mais c’est aussi l’agora au sens grec, le centre de la cité, la place publique. Et que demora veut dire "qui tarde à changer". Le Présent qui déborde, c’est un peu le résultat de O Agora que demora. Les deux titres sont complémentaires.

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