Dimanche, à 11h30, les grilles autour du beau jardin Ceccano, au centre d’Avignon, se referment déjà malgré la foule qui se presse encore. Mais il n’y a plus un coin contre un mur, plus une pierre où s’asseoir.« On aura tout », débute à midi, comme chaque jour, feuilleton gratuit, où une poignée de comédiens viennent tour à tour lire de grands textes choisis par l’ex-garde des Sceaux Christiane Taubira.

Elle arrive à midi, solaire, habillée de rouge, souriante et vient s’asseoir parmi la foule. Le buzz est inimaginable et le public ne veut pas rater ce rendez-vous de la pensée et de la poésie. Le public est conquis, réconforté que l’intelligence puisse faire un tel succès.

Ce dimanche, le sujet était le droit des femmes, la parité, le droit à l’avortement. Et c’est religieusement qu’on écoute des textes admirables d’Olympe de Gouges, de Gisèle Halimi défendant une « avortée » et criant qu’elle aussi a avorté, de Sylvia Plath, la grande poétesse, de Benoîte Groult expliquant pourquoi elle ne veut pas d’enfant, d’Asli Erdogan dénonçant ce qui se passe en Turquie et, bien sûr, de Simone Veil parlant devant une assemblée d’hommes.

Alors la foule se sent solidaire, unie par ces causes et ces mots magnifiques. Les comédiennes terminent en chantant « I Will survive ». Taubira se joint à elles et esquisse une danse. Les téléphones portables sont brandis. Taubira sourit, heureuse que des textes féministes et si beaux fassent le buzz. Elle part ensuite écouter le spectacle de Guy Cassiers sur Degrelle. « Les mots veulent dire bien des choses, la cause des femmes reste à défendre », nous dit-elle. Décidément solaire. Rock star paradoxale.