Quoi de plus ordinaire qu’un quai de gare, ses trains et ses passagers, en partance ou fraîchement débarqués  ? C’est dans ce décor que le Français Samuel Benchetrit ancre, en 2001, l’histoire de sa pièce Comédie sur un quai de gare, jouée alors par Jean-Louis Trintignant et sa fille Marie. Près de vingt ans plus tard, c’est un autre duo d’interprètes père-fille que l’on retrouve sur la scène du Théâtre Le Public  : Michel et Jeanne Kacenelenbogen.

Assis chacun sur un banc, ils sont Charles et Michèle. Ils attendent leur train. À côté d’eux est installé un jeune homme (Antoine Herbulot), en costume beige. – “Monsieur  ! Monsieur  !, l’interpelle Charles, en imperméable et béret rouge vissé sur la tête. Il est sourd ou quoi  ?” – “Ouiii  ?, finit par lui répondre ce dernier. Ça me fait chier les rencontres sur un quai de gare”. Charles ne se laisse pas démonter, bien déterminé à mener le jeune inconnu là où il veut… – “Je voulais savoir comment vous trouvez la fille qui est entre nous…  ?” “Plutôt jolie”, avec ses cheveux blonds mi-longs, sa robe rouge et ses délicats souliers à talons. Et de les pousser à se présenter  : elle, c’est Michèle ; lui, Vincent.

Dans une mise en scène douce et efficace – rehaussée par une élégante scénographie signée Renata Gorka, Itsik Elbaz fait se rencontrer trois personnages à la vie et au destin humbles  : Michèle emmène son père qui tousse voir un médecin à Paris ; Vincent va ouvrir un bar-tabac dans la capitale.

Pas besoin d’histoires grandiloquentes

Avec ce texte tendre, Samuel Benchetrit nous montre qu’il n’y a pas toujours la nécessité de personnages charismatiques, de propos forts, durs et/ou choquants et d’histoires grandiloquentes pour occuper la scène d’un théâtre.

La force de cette pièce réside, précisément, dans la fragilité et les fêlures des personnages que l’on découvre au fil de l’histoire. Charles tente de faire découvrir l’amour à sa fille, lui qui, très épris de sa femme, l’a perdue le jour de la naissance de Michèle. Mais si Michèle tombe amoureuse de Vincent, parviendront-ils à vivre loin l’un de l’autre  ? Et Michèle, si prévenante et débordante d’amour pour son père, arrivera-t-elle à aimer un autre homme  ? Quant à Vincent, pétri d’idéaux de bonheur, saura-t-il gérer les liens fusionnels entre Charles et Michèle  ?

Tandis que s’écrit la nouvelle page d’une vie pour chacun des trois protagonistes, avec leurs doutes et leurs espoirs, il y a la délicieuse hôtesse de gare (Elsa Tarlton) qui, par ses échanges au travers du parlophone de la gare, les poussent peu à peu dans leurs retranchements, les amenant à se poser les bonnes questions.

Tendre comme un caramel mou qui fond lentement sur la langue, Comédie sur un quai de gare nous rappelle qu’avant de devenir parfois complexe, douloureux et compliqué, l’amour est d’abord simple, honnête et pur.

Bruxelles, Le Public, jusqu’au 30 mars. Infos et rés.  : 0800.944.44 - www.theatrelepublic.be