La pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière n’en a pas fini avec le succès. Après l’adaptation cinématographique signée des deux mêmes auteurs sortie en 2012, Martine Willequet met en scène "Le Prénom" au théâtre des Galeries avec une distribution belge. Si l’occasion de découvrir cette comédie ne s’est pas encore présentée, il faut profiter de cette mise en scène réussie pour passer un pur moment de divertissement.

Vincent, qui travaille dans l’immobilier et roule en 4x4 alors qu’il vit dans le Marais à Paris sera bientôt papa. Ce soir, il est invité à dîner chez sa sœur, "Babou" et son mari, Pierre, un ami d’enfance, avec Claude, tromboniste dans l’orchestre de Radio France, également un ami depuis trente ans. En attendant la future maman en retard, il répond avec bonheur aux questions sur ce premier enfant à venir, un garçon. Jusqu’à ce qu’on lui LA question : celle du prénom. Face à sa réponse, surprise, incrédulité puis déchaînement Prénom maudit à réhabiliter pour les uns, prénom ultra-provocateur qui portera préjudice à l’enfant toute sa vie pour les autres, le débat déborde. L’affrontement vire rapidement au règlement de comptes; rancunes, frustrations, vieux souvenirs enfouis ressurgissent de manière pas très jolie jolie. La discussion qui s’envenime voit s’affronter deux personnages presque caricaturaux. Pierre, agrégé de lettres, enseignant à Paris IV et ayant investi dans un appartement à la superficie remarquable mais dans un quartier "en devenir", père d’Apollin et Myrtille est l’incarnation du bobo, de l’intellectuel "faites ce que je dis mais pas ce que je fais", de la gauche bien-pensante. Vincent, lui, avec sa grosse voiture et ses gros revenus, représente le beauf arriviste, sympathique mais peu cultivé. Quant à Claude, le tromboniste, on le surnomme bien vite "la Suisse" pour sa neutralité et Babou, la femme de Pierre, tente de temporiser. Ce serait trop simple et inintéressant si le débat houleux en restait là mais bien entendu, les personnalités se révèlent plus subtiles qu’elles en ont l’air et les propos s’écartent des clichés.

Répliques cinglantes

La mise en scène de Martine Willequet est d’une redoutable efficacité. Le rythme de cette pièce aux répliques cinglantes et à l’humour mordant ne faiblit pas une seconde et va crescendo grâce aux comédiens au jeu inégal mais emmenés par Stéphane De Groodt, excellent. Dans un décor réaliste représentant un salon, "Le Prénom" est une pièce de pur théâtre de boulevard au mécanisme bien huilé nourri de rebondissements. Sans surprise mais jubilatoire.

Bruxelles, Théâtre des Galeries, jusqu’au 14 avril. Durée : env. 1h45. Infos&rés. 02.512.04.07. et www.trg.be