Soirée composée aux Brigittines avec de remuantes propositions de Marielle Morales et Ayelen Parolin.

La salle Mezzo a changé d’allure : les sièges posés comme en amande transversale entourent un dispositif incluant spots, réflecteurs, haut-parleurs. La danseuse et chorégraphe Marielle Morales (lauréate du Prix de la critique du meilleur spectacle de danse 2015-2016 pour Rushing Stillness) mène avec les musiciens compositeurs Michiel Soete et Philippe Orivel une recherche sur l’interaction entre corps et sons : comment, des bruits naturels (pulsation cardiaque, pluie, ressac…) à la musique ou à la pollution sonore, l’organisme absorbe-t-il ces stimulus.

La scénographie, mobile, injecte de la brume et nimbe de halos la silhouette surgie au centre de cet œil oblong. Coiffure haute et figée, tel un couvre-chef organique. Brillances du vêtement appelant le reflet. Pulsations du geste qui dialogue avec les vibrations. En effet s’intitule d’une expression commune pour questionner le rapport causal, mais aussi mettre en œuvre des effets spéciaux réalisés à vue, avec les moyens et artifices du théâtre. Ainsi une poursuite s’engage-t-elle au sens littéral aussi bien que figuré entre la danseuse et le cercle lumineux qui la ceint. 

Marielle Morales entre lumières et reflets, entre sons et vibrations.
Marielle Morales entre lumières et reflets, entre sons et vibrations. © Sarah Sampelayo

Mais Marielle Morales pratique aussi un art de l’esquive et de la surprise, de l’échappée belle. Sa création brève (25 minutes), si elle mûrira encore, offre de belles et neuves perspectives sur la danse immersive.

Silhouette amplifiée, piano dérangé

Placée sous le signe du corps, du son et de la performance, la soirée composée que proposent les Brigittines dans le cadre du focus contemporain Brussels, dance ! se poursuit dans la chapelle.

Surplombé d’un lustre majestueux, le vaste plateau blanchi accueille un piano droit. Bientôt surgit une silhouette aux formes accentuées jusqu’au grotesque, un Botero en mouvement, un Tiepolo, tout en hanches, ventre, cuisses, fesses, seins. Et surmontée d’une chevelure volumineuse et fleurie.

Au piano, Lea Petra, compositrice, musicienne et performeuse, collaboratrice d’Ayelen Parolin depuis la création d’Hérétiques (2014) et pour ses pièces suivantes Nativos (Prix de la critique du meilleur spectacle de danse 2016-2017), Autóctonos, Autóctonos II. À nouveau elle fait de son instrument à la fois un personnage, un complice, un adversaire, un outil dramaturgique et performatif étourdissant. 

Lea Petra et Ayelen Parolin, duo imprévisible et magnifique de "Wherever the music takes you II".
Lea Petra et Ayelen Parolin, duo imprévisible et magnifique de "Wherever the music takes you II". © Hofmann

Ensemble, la pianiste et la chorégraphe avaient dévoilé, dans le cadre du festival XS, une première version de ce bref opus. Wherever the music takes you II - nouvelle création, donc - installe derechef, entre les deux créatrices, un dialogue explosif. Démesure et dérapages balisent ce moment d’exception, qui prolonge leur travail sur l’imprévisible en en faisant non plus un sujet mais un point de départ.

La scène poudrée de blanc portera, à la fin, le chaos des traces, l’histoire de cette pièce qu’on reçoit comme une grande bouffée de liberté.