La consultance (" Grow or Go "), le télémarketing ("Une société de services"), maintenant la finance : Françoise Bloch creuse obstinément ces sujets qui tous gravitent autour du travail et de l’argent, nos préoccupations quotidiennes, qu’on en ait ou en manque.

Constante sans lasser, didactique mais jamais rasoir, la metteure en scène se nourrit, avec les équipes dont elle s’entoure, d’une matière dense : documentaires, études, conférences , et même enquête sur le terrain. Celui des banques en l’occurrence.

Quatre comédiens sautant d’un rôle à l’autre vont nous exposer comment un homme sans prédisposition violente peut exercer une violence certaine, voire en tirer profit - "ce qui, n’est-ce pas, correspond à la définition d’un criminel. Alors de deux choses l’une : soit je suis en cavale, soit il y a un vide juridique" ... Dossiers à l’appui, Benoît Piret livre avec décontraction cette introduction drôle et déjà glaçante. 


Distance, justesse, ironie

Il était une fois un homme qui, ayant hérité quelque argent d’une grand-tante, poussa la porte d’une banque. Ce qu’aurait fait quiconque. Nous voilà dans la place : ces lieux aux couleurs vives où on est reçu et où on déposera ses avoirs, son épargne. En échange de quoi ? Que deviennent les 75 euros versés mensuellement au titre d’épargne pension ? A quoi servent-ils ? Où sont-ils investis ? Sicav, fonds de placement, obligations, actions… Qui sait au juste la vraie teneur de ces termes ? C’est là que commencent les discours rassurants. La parole est d’argent ! Et la naïveté peut changer de camp. Mots et arguments apparaissent interchangeables.

Benoît Gillet et Yaël Steinmann signent les vidéos, Johan Daenen la scénographie faite d’un écran, et de tables et chaises de bureau montées sur roulettes, accessoires d’un ballet parfois échevelé dans lequel se lancent Jérôme de Falloise, Benoît Piret, Aude Ruyter et Damien Trapletti, formidables complices de cette aventure.

© Antonio Gomez Garcia

Fruit d’une écriture collective ancrée dans le contexte de l’après-crise de 2008, "Money !" a l’ambition de décrypter la finance comme une langue étrangère, ce qu’elle demeure pour beaucoup, et de "se frayer un chemin, à échelle humaine, à travers un sujet saturé par le discours" , note Françoise Bloch. Qui réussit brillamment, avec humour, distance, vérité, nonchalance, justesse, ironie - et jamais d’insistance.

Bruxelles, Théâtre national (studio), jusqu’au 16 octobre, à 20 h 30 (19 h 30 le mercredi, 15 h le dimanche), et du 17 au 19 octobre à 20 h, dans le cadre du Festival des Libertés. Durée : 1 h 20 env. De 8,5 à 19 €. Infos&rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be

Ensuite à l’Eden de Charleroi du 22 au 24 octobre (071.314.079), et au Théâtre de Liège du 12 au 16 novembre (04.342.00.00).

Nouvelle reprise au National, à Bruxelles , du 4 au 9 octobre 2016.