A l’Atelier 210, "La femme comme champ de bataille" de Matei Visniec : un cri de révolte.

Hasard de la programmation, de nombreux théâtres proposent des spectacles à l’actualité brûlante et au propos qui résonne douloureusement tout en ouvrant tant de portes, tant de questionnements. De "L’œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar, conflit entre la science et la religion, au Théâtre des Martyrs, à "Alpenstock" de Rémi de Vos au Théâtre de Liège autour du nationalisme ou "La femme comme champ de bataille" de Matei Visniec à l’Atelier 210, tous dénoncent la barbarie des hommes.

L’écrivain roumain, exilé en France dès la fin des années 80, est aussi journaliste. "La femme comme champ de bataille" qui se déroule pendant la guerre en Bosnie est née de son observation du conflit alors qu’il travaillait pour RFI et de sa volonté d’agir contre l’horreur. "J’ai exorcisé mon incapacité de réagir sur le terrain par l’écriture", écrit-il en 2013 à l’occasion du mois de la Francophonie à Bucarest.

Femmes brisées

La pièce, mise en scène par Marie Hossenlopp, confronte Kate, une psychologue américaine en mission en Bosnie, au mutisme de Dorra, une femme violée, une victime de la guerre. Si elle parvient à sortir de sa prostration, le dialogue est pourtant compliqué entre ces deux femmes brisées - on apprendra plus tard d’où vient la fêlure de Kate. Pourtant, peu à peu Dorra se dévoile et confie à Kate son désarroi, les raisons de son traumatisme, ses interrogations face à la folie des hommes. La psychologue aussi raconte des bribes de sa terrible expérience dans une équipe fouillant les charniers. Après la destruction et la mort, elles tentent de se reconstruire, d’aller vers la vie même si elles ne savent pas comment.

Marie Denys et Sophie Jaskulski incarnent ces femmes meurtries qui essaient de comprendre, toutes deux livrant une interprétation juste et sensible, émouvante. Un "beat-boxeur" (artiste qui produit des musiques et rythmes avec sa bouche), Florian Jubin, partage la scène et incarne parfois des personnages évoqués comme autant de souvenirs fulgurants. La musique, forte et vivante, accompagne la révolte grandissante des deux femmes.

Un cri

Sur la scène sombre plongée dans la pénombre, des tableaux noirs sont suspendus où s’inscrivent des phrases incisives, "I kill you for nothing", etc. Ce spectacle puissant dénonce la folie des hommes, la violence, la cruauté, le nationalisme et le viol comme arme de guerre. Matei Visniec a écrit "La Femme comme champ de bataille" pour ne pas oublier. Malheureusement, la barbarie est toujours d’actualité.

--> Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au 24 janvier. Durée : env. 1h25. Infos&rés. 02.732.25.98; www.atelier210.be