Transposer une œuvre s’avère toujours un exercice délicat. Mais forts du succès des Émotifs anonymes sur grand écran en 2010 (avec Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré dans les rôles principaux), Philippe Blasband (scénario) et Jean-Pierre Améris (réalisation) avaient toutes les cartes en main pour en signer l’adaptation pour le théâtre. Et c’est à Arthur Jugnot qu’ils ont confié la mission de mettre en scène leur comédie romantique. Créée cet été à Avignon, la pièce se joue actuellement au Public, dans la salle des voûtes. Un espace tri-frontal à la disposition rectangulaire, mais dont Arthur Jugnot tire habilement profit en impulsant un flux de va-et-vient de ses personnages.

Sur scène, ils sont quatre comédiens : Charlie Dupont et Tania Garbarski se glissent dans les costumes du duo Poelvoorde-Carré tandis que Nicolas Buysse et Aylin Yay interprètent toute une galerie de personnages masculins et féminins. L’histoire ? Angélique Delange, chocolatière de talent, est une grande émotive. S’exprimer en public la tétanise ; le regard des autres la paralyse. Sur une méprise, elle est engagée comme représentante commerciale par Jean-René Van den Hugde, patron d’une fabrique de chocolat. Lui aussi, émotif sujet à la moindre panique. Malgré leur maladresse, leur timidité maladive et leur sensibilité à fleur de peau, ces deux-là tombent amoureux. Mais encore faut-il qu’ils parviennent à surmonter les peurs et les doutes qui les pétrifient…

Savoureux tête-à-tête

En couple à la ville comme à la scène, Charlie Dupont et Tania Garbarski font montre d’une sincérité complice, sans artifice, révélant les failles de chacun de leur personnage. Leur premier tête-à-tête au restaurant est tout particulièrement savoureux. De leur côté, Nicolas Buysse (excellent et délicieusement drôle !) et Aylin Yay passent d’un personnage à l’autre – on admire leur faculté et leur agilité à changer de rôle et de costume –, formant une ronde de portraits bien tranchés. Il y a le psy à bout de patience de Jean-René, l’émotif Rémy…, mais aussi la mère peu conciliante d’Angélique, la cliente séduite par la nouvelle gamme de chocolats, etc.

Tout ce petit monde évolue dans un décor constitué de différents blocs qui, à mesure qu’ils sont assemblés ou dissociés, forment une table de restaurant, un divan de psy, une tribune… Subtilité, plusieurs ont l’apparence d’une praline, pour, in fine, composer… une boîte de chocolats. Croquants et fondants comme l’or noir, ces Émotifs anonymes se dégustent avec joie. On regrette toutefois de rester un brin sur sa faim : le rythme soutenu auquel s’enchaînent les séquences entre les personnages ébrèche quelque peu la fragilité et l’éclosion des sentiments d’Angélique et Jean-René.

Bruxelles, Le Public, jusqu’au 22 février. Infos et rés. au 0800.944.44 ou sur www.theatrelepublic.be