Meissoune Majri seule en scène, sincère et sensible, dans "Nous avons cru à l’amour qu’Il a pour nous".

Après un montage de voix de femmes témoignant de leur rapport à la féminité, au féminisme, aux violences subies, à la parole libérée, à la liberté choisie, à la maternité, Meissoune Majri vient poser la sienne. Un "je" de narratrice et un jeu tout en retenue pour porter ce récit teinté d’autofiction. Les thématiques abordées dans ces entretiens la renvoient à sa propre féminité mais aussi, inexorablement, dit-elle, à son pays natal, la Tunisie. 


Le solo qui a vu le jour dimanche au Théâtre de Liège relate non seulement ce voyage, ce retour initiatique, mais englobe plus largement l’identité féminine d’un être entre deux pays et deux cultures, sa quête de liberté, sa déconstruction des mythes, l’analyse de son propre parcours en regard de celui de sa mère, qui vient de mourir. "À quel moment de son histoire cette pudeur et cette retenue sont devenues les seules armes qu’elle avait à opposer à l’injustice et l’autorité ?"

"Quand mon père a commencé à regarder ailleurs […], elle a cédé aux avances de Dieu. Un amour sans concurrence. Une union où elle n’avait plus à avoir honte de son corps", écrit Meissoune Majri dans Nous avons cru à l’amour qu’Il a pour nous. Cet indéniable écho au Dieu le père de Roda Fawaz - qu’elle n’a pas vu encore - dit le rôle clef des femmes et les questions que soulève le silence qui l’entoure si souvent.

Spectacle palimpseste

À la mise en scène, Olivier Boudon s’appuie sur "cette langue qui joue habilement avec les aspérités de la mémoire et avec la temporalité de l’action", pour construire un spectacle en forme de traversée, une manière de palimpseste où, aux mots et à la présence de l’autrice-actrice, viennent se superposer les paysages sonores de Loup Mormont et la scénographie d’Héla Amar, ses transparences, reflets et projections. 

© Dominique Houcmant GOLDO

S’il peut par certains aspects sembler évanescent, le spectacle de Meissoune Majri a pour lui la puissance du verbe, l’élégance de la plume, et l’intensité d’un regard interrogateur sur le féminin pluriel, sujet dans l’air du temps (on songe aussi, naturellement, à Celle que vous croyez, à l’affiche du Rideau).

Des racines reconquises à l’autodétermination du désir, en passant par le deuil, ce chemin si âpre et si constructif, Nous avons cru à l’amour qu’Il a pour nous explore toutes les manières de naître à soi - arrachement, déplacement, renouveau, corps, esprit - d’une "éternelle bouture".

  • Liège, Théâtre (salle de l’Œil vert), jusqu’au 25 janvier, à 20h (mercredi et samedi à 19h). Durée : 1h. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be
  • Bruxelles, Espace Magh, les 28 et 29 janvier - 02.274.05.10 - www.espacemagh.be