Il était au Royal Festival de Spa, puis à Wolubilis. Le voici au Marni, pour deux représentations, et d’autres, ailleurs, suivront au gré des calendriers bousculés.

Habitué des seuls-en-scène, où souvent il excelle, Angelo Bison adapte et porte ici la prose de l’autrice belge Nicole Malinconi. Le récit d’un homme désormais seul et vieux, de son présent solitaire, de son passé d’enfant qui rêvait d’aller voir de l’autre côté des collines de Tizzana, en Toscane, jusqu’à Florence. De son choix de partir. "À force d’être dans le Nord, je suis devenu du Nord, ça ne changera plus." De son père et lui en calèche découvrant, muets, les splendeurs de Firenze. De lui parmi "tous les Italiens de l’hôtellerie". De la distinction contagieuse de tous ces clients distingués. "Au fond, le travail, Lyse et notre fille Lisa étaient les trois seuls sujets de mes pensées, c’était mon but en trois parties et je ne pouvais pas les séparer."

Introspection humble et lyrique

L’œil complice de Lorent Wanson accompagne l’acteur dans l’introspection humble et lyrique qu’est Da Solo. "Il y a longtemps, note le metteur en scène, qu’Angelo Bison porte ce texte pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire de raconter, car c’est son trajet de vie, et pour ma part longtemps que ces sujets me taraudent et sont la source de mon travail depuis toujours. (Encore plus depuis Une Aube boraine) C’était donc le texte idéal pour nous retrouver et partager jeu, récit et émotions."

"Une fois que tu as ta maison, reste à savoir ce que tu vas y vivre. Est-ce qu'on sait une chose pareille ?" glisse le narrateur de "Da Solo". © Mirko

L’amour, les choix, la raison et les sentiments, la mémoire et son effacement, les idéaux de bonheur, les accomplissements modestes et les renoncements, la maladie, la nourriture comme projet ineffable et quotidien : les sujets sont amples et modestes, multiples, disparates même. Mais contenus dans un mouvement scénique et la trajectoire d’un homme qui s’observe avec lucidité et raconte avec tendresse les chemins de son existence.

"Ça me fait un poids terrible de n’avoir plus que ça à quoi penser, de ne jamais perdre ça de vue alors que c’est perdu… Pourtant, le pire ce serait encore de ne plus penser à rien, de s’en aller de la tête comme Lyse."

Brodé de musique – puissant vecteur de sentiments –, flanqué d’une simple table et de quelques chaises (que les lumières signées Renaud Ceulemans font passer de l’amande douce au vieil or), ce solo embrasse la marche du temps peuplé de souvenirs, d’élans incessants, d’une lumineuse mélancolie et d’une pincée de regrets.

  • Bruxelles, Marni, jusqu’au 16 septembre. Durée : 1h. Rés. : 02.639.09.80 – www.theatremarni.com
  • Aussi les 24 et 25/10 à Watermael-Boitsfort, le 7/11 à Gerpinnes. Mais encore, à l’automne, à la Maison du peuple de Saint-Gilles, à Central à La Louvière, etc.