« Set of Sets » de Guy Nader et Maria Campos a fait un triomphe au festival des Brigittines.

Le public ne s’est pas trompé en se massant lundi soir devant les portes de la Chapelle des Brigittines, puis en occupant même les escaliers. Il devait se souvenir du trèsspectaculaire Time takes the Time Time takes fort applaudi déjà en 2016 au Festival des Brigittines, dansé alors par cinq excellents interprètes espagnols et créé par le duo de chorégraphes et danseurs Guy Nader (Libanais) et Maria Campos (Espagnole) basés à Barcelone.

On retrouve d’emblée, dans la belle chapelle baroque, une musique live, répétitive et obsédante montant peu à peu, et un spectacle Set of Sets qui explore à nouveau le temps qui s’écoule obstinément et fait défiler dans nos mémoires, en boucles incessantes, le labyrinthe des corps.

Cette fois ce sont sept danseurs qui arrivent l’un après l’autre et tournent d’abord en marchant, se confrontent, se jaugent ou se séduisent du regard. Et brusquement, la danse démarre, faite sans cesse de mouvements circulaires. Des équilibres imprévus et audacieux se forment un instant avant de s’effondrer et de relancer de nouveaux mouvements de groupes. Une mécanique d’une très grande précision et complexité, jouant souvent sur la répétition et le décalage progressif, pour un jeu des corps et du temps qui ne s’arrête jamais durant 60 minutes (un chouïa trop long). Les danseurs tournent jusqu’au vertige, semblent voler dans les airs, ricochent, sont lancés vers le ciel, ou virevoltent sur le sol comme des toupies. Parfois un solo ou un duo viennent apporter un instant de calme.

Surprenante douceur

Une danse qui a fait lever le public pour saluer d’abord la performance technique hallucinante. Certes, on peut y trouver une dimension sportive, hip-hop, circassienne, mais Nader, Campos et leurs interprètes parviennent à donner à leurs gestes une émotion particulière.

D’abord, celle de la peur pour eux : la moindre inattention serait catastrophique. On voit leurs regards qui sans cesse, scrutent anxieusement les mouvements des autres. On repensait au duo d’artistes suisse Fischli & Weiss dont toute l’œuvre est axée sur ces déséquilibres incessants et qui disait « L’équilibre n’est jamais si beau qu’une seconde avant le fiasco. »

Mais il y a aussi dans tous leurs gestes qui s’enchaînent sans repos, une surprenante douceur, rien de brusque, mais un glissement permanent et sensuel qui abolit la gravité, pour déboucher sur une union des corps défaite et refaite à l'infini, pour former des nouveaux paysages de corps mêlés.

« Set of Sets », encore ce mardi. Festival international des Brigittines, jusqu’au 31 août