La 17e Biennale de danse de Lyon s’achève ce vendredi, au lendemain d’une performance déjà qualifiée par certains de "mythique" : Jan Fabre, au vélodrome, tentant de ne pas battre le record du monde de l’heure établi par Eddy Merckx à Mexico en 1972.


Au total, 37 spectacles dont 23 créations ou premières françaises auront bouillonné autour du Rhône pendant deux semaines. Foisonnante donc, la programmation était aussi obstinément éclectique, s’adressant à un public de connaisseurs comme de néophytes. Le grand public, c’est aussi celui qui prend part ou assiste au Défilé. Bien que la 11e édition ait eu lieu au stade Gerland plutôt que dans les rues par mesure de sécurité, ce grand moment de rassemblement demeure "un rituel où s’éprouve et se vivifie un nouveau lien entre les artistes et la population", note Dominique Hervieu, directrice de la Biennale.

Alessandro Sciarroni avec le Ballet de l’Opéra de Lyon, Christian Rizzo, Yuval Pick, Kaori Ito, Rachid Ouramdane, Louise Lecavalier, Daniel Linehan, Jonah Bokaer, Alain Platel, Cecilia Bengolea et François Chaignaud (en photo ci-dessous) ou encore Catherine Gaudet comptaient parmi les artistes de la Biennale 2016, composant un paysage à la fois exigeant, audacieux et accessible.

© Christian Ganet

Incontestablement ville de danse, Lyon accueillait aussi des compagnies axées sur le mouvement mais nourries de disciplines circassiennes. Signe qu’un art, aussi codifié soit-il, invente, respire et vit pleinement en oubliant ses œillères.

L’individu-paysage

Ainsi eut lieu, dans le cadre de la Biennale, la création mondiale au Toboggan de Décines, de "Dans les plis du paysage" (3e volet d’une trilogie sur l’individu-paysage) par le collectif Petit Travers. Le jonglage pratiqué par ces artistes-là accepte l’imprévu au cœur même de sa grande rigueur. Et invente une forme neuve de poésie : surprenante, insolente, pleine de suspense et de surprises.

Sans parole, sans même de récit évident, c’est pourtant bien de théâtre qu’il s’agit, un théâtre qui puise force et fraîcheur dans l’articulation du jonglage comme un langage parmi les autres : la musique, la danse, la lumière, la scénographie.

© Christian Ganet

Sept jongleurs, un musicien et des dizaines de balles blanches habitent un espace mutant, fait de vides et de pleins, et dont les reliefs oscillent entre folle puissance percussive et chants médiévaux éthérés. Contractions, contrastes, contradictions - grave/comique, lourd/léger, apparition/disparition - et fortes sensations d’un spectacle sans concession et pourtant pour tous. Un coup de cœur qu’on aimerait partager sous nos cieux.

Transe et transmission

C’est sur la digue, entre Méditerranée et Atlantique, que travaillent et répètent les virtuoses du Groupe acrobatique de Tanger. Le paysage, l’individu, le collectif, à nouveau. Or leur plage, leur digue sont en train de disparaître sous les assauts des promoteurs immobiliers. Voilà le point de départ de "Halka" - présenté à Lyon dans les ors et velours du Théâtre de la Comédie, et qui se joue actuellement à la Villette, à Paris, avant d’arriver aux Halles à la fin de l’année.


Soutenue par la Fondation BNP Paribas et la Banque marocaine pour le Commerce et l’Industrie, la troupe, détentrice d’un savoir traditionnel, ancestral, a résolu ici d’œuvrer collectivement plutôt que, ainsi qu’elle l’a fait dans le passé, sous l’égide d’un artiste de cirque comme Aurélien Bory, entre autres.

Sur le plateau, dépouillé, va pleuvoir ce sable si plein de sens. Avec pour seuls accessoires les ceintures qui servent à l’apprentissage de l’acrobatie, et de grandes bassines utilisées tant dans la vie domestique que dans les fêtes, avec ses moments de voltige étourdissants de cohésion et d’audace, "Halka" (qui désigne le cercle des spectacles festifs) conjugue de façon touchante transe et transmission.

"Halka" à Paris, la Villette, jusqu’au 16 octobre. Et en tournée en France. Notamment à Lille (5-6/12), Valenciennes (9-11/12), Dunkerque (16-18/12). Et à Bruxelles, aux Halles de Schaerbeek, du 20 au 22 décembre. Infos & rés. : 02.218.21.07, www.halles.be



Palpitants "Corps rebelles" au Musée des Confluences

© Bertrand Stofleth

Inaugurée à la veille de l’ouverture de la Biennale de danse 2016, et courant jusqu’à l’orée du printemps, la nouvelle exposition du Musée des Confluences vaut qu’on bondisse dans le premier TGV pour Lyon. “Invitation à comprendre la danse contemporaine”, “Corps rebelles” présente le corps dansant sous différents angles, chacun étant illustré par des chorégraphies emblématiques, mais aussi par les propos de danseurs et chorégraphes sur les six grands thèmes : “Danse virtuose” (avec l’humble star Louise Lecavalier, disant : “Tout ce dont je suis faite, tout ce que je vois nourrit la danse”), “Danse vulnérable” (où Raimund Hoghe affirme plus que jamais vouloir “jeter [son] corps dans la bataille”), “Danse d’ailleurs”, “Danse politique”, “Danse savante et populaire”, “Lyon, une terre de danse” (où Mourad Merzouki retrace son parcours menant le hip hop de la rue à la scène, reconnaissant envers le précieux apport du cirque : “Ça a été mon Conservatoire”).

On y plonge dans les questions de l’interprétation, de la mémoire, de la notation et de la création avec huit versions du même tableau du “Sacre du printemps” à la suite de la chorégraphie originelle de Nijinski en 1913. (Ci-dessous celle de Maurice Béjart filmée par Aguirre Arantxa.)

© Fondation Maurice Béjart

Basée sur un concept du Musée de la civilisation de Québec, l’exposition du Musée des Confluences a pour commissaire Agnès Izrine, journaliste, rédactrice en chef du regretté magazine “Danser” et fondatrice du site “Danser canal historique”.

On y pénètre comme au cœur d’une véritable installation, visuelle et sonore, très habilement scénographiée, où sont juxtaposés avec une belle fluidité des univers qui, pour distincts qu’ils soient, se répondent.

On y touche du doigt, aussi, un art parallèle et précieux, illustré en creux : celui de filmer la danse.

“Corps rebelles”, à Lyon, jusqu’au 5 mars 2017 – www.corpsrebelles.fr; www.museedesconfluences.fr