Vladimir Steyaert met en lumière quatre briseurs de règles dans un tout didactique.

Giordano Bruno, Camille Claudel, Alan Turing, Chelsea Manning. Des figures qu’on connaît. Un peu. Chacune d’elles a, en son temps, résisté au système dominant, bousculé les croyances en vigueur, remis en question les dogmes ou les usages. Chacune d’elles en a payé le prix. Mais aussi a analysé son propre trajet.

Fasciné d’abord par l’histoire d’Alan Turing, Vladimir Steyaert monte un spectacle de 15 minutes, dans le cadre du Festival XS, avec déjà Vincent Hennebicq dans le rôle du mathématicien britannique qui, en pleine Seconde Guerre mondiale, brisa le code de la défense nazie en inventant un des tout premiers ordinateurs.

Pour cette Création Studio du National, le jeune metteur en scène le confronte à trois autres codebreakers de l’histoire ancienne ou contemporaine.

La bêtise criminelle et dangereuse

Giordano Bruno, dominicain, tient tête à l’Inquisition en affirmant la pluralité des mondes, en prônant la libre-pensée. "J’ai eu le tort de tenir la bêtise pour ridicule et fâcheuse, alors qu’elle est criminelle et dangereuse", dit-il, par la voix du comédien Christophe Brault. Condamné pour hérésie, il périra sur le bûcher en 1600. Et n’a, quatre siècles plus tard, toujours pas été réhabilité par le Vatican.

Camille Claudel (Maïanne Barthès), sculptrice, élève puis collaboratrice et amante de Rodin, se heurte au sexisme du monde de l’art à la fin du XIXe siècle. Rebelle, souffrant de paranoïa, internée, elle passe 30 ans en asile psychiatrique et y mourra. Son talent et son destin ne connurent la vraie reconnaissance que bien plus tard.

Chelsea Manning (François Sauveur), née homme sous le prénom de Bradley, transmet à Wikileaks des documents révélant le véritable bilan des victimes civiles en Afghanistan et en Irak, créant le séisme que l’on sait. Son combat - qui englobe la transidentité - continue à ce jour. 

© Hubert Amiel

Quant à Alan Turing, héros pour avoir réduit la durée de la guerre, homosexuel, il fut condamné à la castration chimique. Son personnage est le point de départ et, en quelque sorte, le fil rouge de Codebreakers - via Blanche Neige, personnage disneyen qu’il aimait tant que lui-même se suicida en croquant une pomme imbibée de cyanure.

L’habile dispositif scénographique de Rudy Sabounghi joue sur la transversalité et la profondeur, sur l’écran/rideau (toile peinte d’Eugénie Obolensky), sur la projection de l’image (création vidéo de Ludovic Desclin assisté de Camille Sanchez), la spatialisation du son (création sonore de Jean-Christophe Murat), les reliefs de la lumière (Yann Loric), la matérialité du décor (peinture et plâtre de Stéphanie Denoiseux).

Vladimir Steyaert lui-même s’attache à briser les codes théâtraux dans une dramaturgie aux ficelles parfois épaisses, mais à l’inventivité féconde, pour un opus aux évidentes vertus pédagogiques.

  • Bruxelles, National (Studio), jusqu’au 16 octobre. Et le 18 dans le cadre du Festival des Libertés. Infos & rés. : 02.203.53.03 - www.theatrenational.be