Et tout à coup, on imagine une bande de potaches autour d'une table se demandant ce qu'évoque pour eux la restauration d'une salle de musée. Des potaches à prendre au sérieux car le résultat de leurs réflexions imaginées – l'origine de l'extraordinaire « Het Land Nod » du Tonneelhuis et de FC Bergman (présenté fin juin aux Halles de Schaerbeek) vient de la visite du musée en rénovation – mène à ce spectacle, performance improbable qui convie le spectateur au sein même de la salle en restauration, celle monumentale, du Musée royal des Beaux-Arts à Anvers où trônent les majestueux Rubens. 

À l'heure des grands travaux, il n'en reste plus qu'un, « Le Coup de Lance », accroché aux cimaises, et appelé à être malmené. Une heure et quart de délires retenus, sans paroles sinon la voix, si reconnaissable, de Godard en ouverture, et d'étonnements permanents ponctués de fulgurances, de selfies japonais, d'instants chorégraphiés sur fond, soyons fous, des Quatre Saisons de Vivaldi, pour dire ces traversées humaines vers ce Pays de Nod dans lequel tous les Caïn que nous sommes sont condamnés à vivre. Traversées qu'aujourd'hui raconte aussi et peut-être surtout cette salle sacralisée et presque épargnée par la première fusée V2 le 13 octobre 1944.

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Nouvelles déflagrations à prévoir ici dans cette performance teintée d'humour burlesque à la Buster Keaton avec ces ouvriers accrochés aux échelles et saupoudrée de surréalisme avec cette nudité, ces improbables rencontres, ces incompétences magnifiées. Sans oublier la banane du gardien du musée, collation méritée. Anarchique et chaotique en diable. Il suffit de lâcher les armes.

Un spectacle belge qui lui aussi fait sensation à Avignon.

Festival d'Avignon, jusqu'au 24 juillet. Infos: www.festival-avignon.com