Une immersion sans concession au plus profond de l’ignominie de l’homme.

Est-ce parce que Vahé Katcha est né à Damas que le texte adapté par Julien Sibre et mis en scène par Alexis Goslain nous parle avec une telle violence ? Peut-être, mais l’auteur a quitté la Syrie dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour s’installer à Paris et c’est là, dans les années soixante, qu’il a commis "Le Repas des fauves". Sur la scène des Galeries, à Bruxelles, se joue en ce moment ce drame en forme de huis clos, somme toute très classique dans sa composition. Une soirée entre amis qui fêtent l’anniversaire de la maîtresse de maison. Tout démarre dans la joie, la bonne humeur. L’ambiance est festive au point que seules quelques allusions nous indiquent que nous sommes en 1942, dans la banlieue parisienne.

Grandeur d’âme

Mais le contexte se précise soudain lorsque, sous les fenêtres de nos sept convives, des coups de feu retentissent. Un attentat a coûté la vie à deux officiers allemands. Quelques secondes plus tard, un commandant SS (Lucas Tavernier) pénètre dans l’appartement et exige deux otages qui seront (plus que probablement) exécutés. Mais, par grandeur d’âme, le SS fait un geste : il donne deux heures à la bande d’amis pour désigner eux-mêmes les deux otages… "Je ne vous demande pas de sacrifier deux des vôtres mais d’en sauver cinq", lance-t-il avec cynisme.

La soirée bascule. Insensiblement d’abord, ouvertement ensuite, les personnalités se révèlent, se mettent littéralement à nu, offrant le spectacle d’un ignoble strip-tease. Tour à tour, chacun de ces personnages en quête de survie se révèle dans son plaidoyer pour la vie, la sienne d’abord. Les vrais salauds, on les repère très tôt. Le médecin (Marc De Roy) qui a encore tant de vies à sauver, l’industriel (Michel Poncelet) qui est prêt à offrir toute sa fortune. Et les autres suivent. Pierre (Denis Carpentier) qui a déjà perdu la vue au combat, Vincent (Fabrice Taitsch), esthète et philosophe, qui a failli céder. Et puis il y a Victor (Dominique Rongvaux) qui est prêt à prostituer son épouse Sophie (Christel Pedrinelli) pour échapper au destin. Sans oublier Françoise (Stéphanie Van Vyve), résistante dans l’âme mais pas jusqu’à la mort… Les plus fiables deviennent les plus faibles.

La peur s’installe, les regards se détournent car désormais l’enfer, c’est les autres. Ceux que l’on va choisir ou ceux qui choisiront. Où est finalement la différence ? Lesquels faut-il plaindre le plus ?

Bruxelles, Galeries, jusqu’au 15 novembre, à 20h15 (les dimanches ainsi que le samedi 31 octobre à 15h). Infos & rés. : 02.512.04.07, www.trg.be