Cet été, découvrons des théâtres qui avaient une autre affectation.

Le Théâtre le Public, c’est avant tout l’histoire d’une promesse. En 1983, Michel Kacenelenbogen et Patricia Ide, alors jeunes comédiens et metteurs en scène, se mettent dans l’idée d’ouvrir un théâtre. Et se fixent un délai de dix ans pour honorer leur promesse. "Mais nous n’avions pas un centime (de francs belges), se souvient Michel Kacenelenbogen, codirecteur du Public, et je me suis rendu compte que, pour ouvrir un théâtre, il fallait de l’argent." Il crée donc une société de communication.

"Six ans plus tard, il s’avère que j’avais suffisamment d’argent pour emprunter, mais pas pour acheter…", éclate-t-il de rire. Il demande ensuite à son ami scénographe et architecte Luc D’Haenens de chercher un lieu. La condition ? Dénicher un lieu "avec un minimum de hauteur pour ouvrir un théâtre". L’échéance approche : "Nous étions à neuf ans de ma promesse." En sillonnant Bruxelles, Luc D’Haenens trouve les brasseries Aerts, sises rue Braemt à Saint-Josse-ten-Noode. "Ce lieu était abandonné depuis longtemps et il appartenait à quelqu’un dont le rêve était d’en faire un espace dédié aux métiers de graphiste, plasticien, etc., mais il n’y était pas parvenu. Je lui ai proposé de racheter le bâtiment. Je suis allé voir les banques et puis, j’ai fait financer ça sur vingt ans." Michel Kacenelenbogen signe le compromis de vente le 31 décembre 1993 - "je m’en souviens encore !" - et le théâtre ouvre ses portes le 9 novembre 1994. Voici donc 25 ans que le Public appartient au paysage théâtral de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Dans un premier temps, ils aménagent l’ancienne salle des cuves en salle de spectacle (la plus grande actuellement avec 300 places). "Tout avait été retiré. C’était un chancre urbain, se rappelle Michel Kacenelenbogen. Alors, on a d’abord demandé aux copains de nous aider à faire une partie de boulot, casser les carrelages qui recouvraient les murs notamment, car tous les entrepreneurs étaient trop chers. Puis, on a quand même fait faire une partie des travaux." La petite salle, au sous-sol, est ensuite arrangée, avant d’ouvrir la salle des voûtes. "Cette troisième salle a été créée après quatre saisons. Mais nos salles n’étaient pas encore aménagées comme aujourd’hui, que ce soit au niveau des sièges, des équipements sons et lumières, des sorties de secours, etc. Il a fallu faire pas mal de travaux ; d’ailleurs, on est toujours en travaux…"

Si l’ouverture du Public a suscité pas mal de remous à l’époque - "on l’a créé sur fonds propres, car les pouvoirs publics auxquels nous avions demandé de l’aide nous ont dit ‘non’ et beaucoup nous prédisaient que ce serait le bide du siècle" -, Michel Kacenelenbogen et Patricia Ide ne se sont pas découragés pour autant. "Nous ne savions pas que c’était impossible, alors nous l’avons fait. Nous ne l’avons jamais vécu comme un défi." C’est que les deux jeunes comédiens ont alors une réalité bien en tête : "Être directeur de théâtre en Belgique, c’est la seule manière pratiquement d’être libre de mettre en scène et jouer ce que l’on veut." Toute liberté a un prix. "Nous avons eu des coups durs - deux fois, j’ai pris rendez-vous avec le tribunal du commerce pour déposer le bilan ; puis, par miracle, les choses se sont arrangées - et il y a aussi de grandes blessures humaines, car le théâtre est un art très engagé. Mais, 25 ans plus tard, ce qui est extraordinaire, c’est que le public continue de venir et de plus en plus d’artistes sont heureux d’y travailler."