Tristero et Enervé créent "Desperado" en VF, à Bruxelles puis Charleroi.

Vous connaissiez le western spaghetti, découvrez le western stoemp, servi avec talent par Enervé (Eno Krojanker, Hervé Piron) et Tristero (Youri Dirkx, Peter Vandenbempt) sur le plateau du Petit Varia.

Sol blanchi et panneau publicitaire vu de dos : la scénographie de Marie Szersnowicz ne fait qu’esquisser le cliché, en optant pour l’envers du décor. Les costumes, quant à eux, réunissent tous les ingrédients du genre, du chapeau aux santiags, des chemises brodées aux ceinturons. Ainsi paraissent Eddy, Bruno, Marc et Michel, banal quatuor d’amis dont on devine qu’il se réunit régulièrement. 


"L’important n’est pas ce dont on parle, mais le fait qu’on se parle", lance l’un. "C’est quand même sympa, c’est convivial", dira un autre. Le langage-remplissage prévaut au début de Desperado : boucles, phrases inachevées, répétitions, formules usées subtilement décalées, poncifs du discours "pour ne rien dire".

Manège déglingué

Profus - là où l’action est réduite à sa plus simple expression : deux pas de côté par-ci, une distribution de canettes de bière par-là -, le texte entraîne bientôt les compères sur un terrain plus incertain. À rebours du cowboy viril et sûr de lui, c’est l’homme ordinaire qui, sous ces quatre silhouettes, se dévoile peu à peu.

Des hommes pleins de certitudes et de déceptions, de rêves et de désillusions. Des hommes fatigués, incompris, frustrés, reclus dans leurs vies étriquées, blessés par les petites humiliations quotidiennes. À des lieues de la liberté tant chérie.

Le langage, donc, comble les vides et leur sert d’exutoire, mais aussi tourne en rond : manège déglingué, triste et surtout désopilant. 

Peter Vandenbempt et Youri Dirkx (Tristero) partagent le plateau de "Desperado" avec Eno Krojanker et Hervé Piron (Enervé). © Alice Piemme

Écrite par Ton Kas et Willem de Wolf, cette comédie a connu depuis 1998 un grand succès en Hollande et en Flandre. Enervé et Tristero la créent ici en français. Périlleux et délicieux exercice auquel les deux collectifs, l’un francophone, l’autre néerlandophone, se livrent avec la fine conscience de ce qui les relie. "Nos univers respectifs parlent souvent du moment même du théâtre et nous aimons nous présenter tels quels au public" , explique ainsi Peter Vandenbempt.

Sous l’œil complice de Pierre Sartenaer, le quatuor cisèle l’autodérision de la forme et du propos, faisant de Desperado l’implacable miroir de nos travers et nos doutes.


  • Bruxelles, Petit Varia, jusqu’au 1er décembre, à 20h. Durée : 1h20 env. De 5 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be 
  • Et à Charleroi, l’Ancre, du 5 au 14 décembre. Infos & rés. : 071.314.079, www.ancre.be