Roda Fawaz livre au Poche un nouveau seul en scène tout en doute et en douceur.

Roda Fawaz avait conquis le public par un premier seul en scène largement autobiographique, On the road… A – et reçu avec une fougue canaille son Prix de la critique de la meilleure découverte.

Passé aussi par la case cinéma et télévision (en geek à bonnet plutôt sérieux dans la série belge Unité 42), le comédien est de retour sur les planches du Poche, avec un nouveau solo abondamment nourri de son histoire personnelle, et plus précisément du parcours d’Ahlam ("en arabe, ça veut dire rêve"). Femme amoureuse, mère dévouée, épouse bientôt désavouée, elle qui a grandi dans la religion musulmane et en fait un des piliers de l’éducation qu’elle donne à ses fils, se tourne toujours davantage vers Dieu. Mais ouvre en parallèle un salon de beauté...

Prières d’enfant, doutes d’ado

De quoi soulever moult questions chez le petit Mohamed, troisième de la fratrie, de son propre apprentissage des prières qui exauceront ses vœux d’enfant aux doutes et divergences qui le gagnent en grandissant, et incluent une réflexion sur le rôle de la femme non seulement dans l’islam mais dans la famille, la société.

C’est sans ambage (et dans un face-à-face en gros plan) qu’il s’adresse à Dieu le père : "Dis, toi qui sais tout, qu’est-ce qui est plus compliqué ? Un homme qui doit s’occuper seul de deux femmes ? Ou une femme qui doit s’occuper seule de quatre enfants ?"

Pois sauteur

S’il aborde des sujets importants, voire clivants – jusqu’au port du voile, grand vecteur de crispation des débats –, Roda Fawaz (dont on ne saura pas pourquoi ni comment il adopta le prénom de ce père si fuyant) s’y engouffre avec sa vitalité de pois sauteur, les embrasse d’un souffle bienveillant, humaniste en somme, sans pour autant jamais les vider de leur contenu politique. 


Mis en scène par Pietro Pizzuti, lui aussi ludion à ses heures et que toucha singulièrement le sujet, Dieu le père s’articule avec clarté dans une structure scénographique sobre (Olivier Wiame). Sous les lumières efficaces de Xavier Lauwers, et grâce à quelques artifices techniques bien dosés (création sonore de Marc Doutrepont), l’auteur et comédien virevolte d’un personnage à l’autre (mouvements réglés par Yorgos Karamalegos), glissant au passage sa souple silhouette dans celle de sa mère avant qu’elle renonce définitivement aux décolletés et aux mini-jupes.

En rodage encore, ce nouvel opus de Roda – d’une écriture joliment rythmée et déjà très bien reçu – va, à n’en pas douter, gagner en souplesse et en précision dans les transitions indispensables à sa substance.

  • Bruxelles, Poche, jusqu’au 25 janvier, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 1h20. Mercredi 15 janvier à l’issue de la représentation : Rencontre "Féminisme et islam, un oxymore ?" Infos & rés. : 02.649.17.27 - www.poche.be
  • Aussi du 28 janvier au 2 février à la Vénerie/Espace Delvaux - Watermael-Boitsfort.