Le Sacre du printemps, La IXe Symphonie , Boléro , L’Oiseau de feu,…, ces chorégraphies de Maurice Béjart sont désormais mythiques et reprises par de nombreuses compagnies aux quatre coins du monde. Si le nom de Béjart et ses créations les plus emblématiques sont connus d’un large public, appartenant presque à la mémoire collective, il est aussi particulièrement intéressant de découvrir l’homme qui se cache derrière le maître.

Des images rares

À l’occasion des dix ans de la disparition de Maurice Béjart et des trente ans du Béjart Ballet Lausanne, en 2017, le danseur et chorégraphe Gil Roman, qui a succédé à Béjart à la direction artistique de la compagnie, avait imaginé, en 2016, t’M et variations… , déclaration d’amour sous forme d’un journal intime à l’attention de “Maurice” (comme on appelle Béjart au sein de la compagnie). Quelques mois plus tard, au printemps 2017, Marc Hollogne, auteur, scénariste, réalisateur et metteur en scène belge, mais surtout génial inventeur du cinéma-théâtre, ce concept où le virtuel et le réel ne font plus qu’un, propose à Gil Roman de monter un spectacle-hommage à Maurice Béjart. L’homme le connaît bien pour avoir été son assistant en 1989 sur le spectacle 1789… et nous célébrant le bicentenaire de la Révolution française. Pendant un an, il a filmé Béjart au plus près de ses danseurs, dans l’intimité du studio de répétition, au cœur du processus créatif. Et collecté une vingtaine d’heures d’images rares.

De ce matériau brut, il en a tiré, avec l’aide précieuse de Gil Roman, un spectacle 2.0 inédit  : Dixit. Présenté en première mondiale en décembre 2017 au Théâtre de Beaulieu à Lausanne, il était à nouveau à l’affiche dans la capitale olympique en ce mois de juin pour six représentations exceptionnelles. La Libre a assisté à l’une d’elles en exclusivité, avant la venue de Dixit au Palais des Beaux-Arts de Charleroi en février 2020 (lire ci-contre).

Béjart, passionné de théâtre

Un écran de cinéma descend sur le plateau. On y voit un petit garçon (interprété par Tony Fricker) et sa sœur attablés observant leur mère (Julie Brossard) s’affairer en cuisine. Puis, dans un autre plan apparaît Gaston Berger (François Nadin), le père de Maurice, philosophe. Pendant le premier quart d’heure de Dixit, Marc Hollogne a choisi de mettre en lumière la passion de Maurice Béjart pour le théâtre. Sous les traits d’un comédien aux airs de Molière, Marc Hollogne occupe un large écran de cinéma, côté jardin. Il dialogue avec un Béjart jeune adulte, tout de noir vêtu, interprété avec brio et élégance par le danseur du Béjart Ballet Mattia Galiotto, d’une ressemblance frappante avec le chorégraphe. La voix de Maurice Béjart résonne   : “J’ai toujours été quelqu’un qui aime profondément le théâtre”. D’une coordination millimétrique, la voix de Mattia Galiotto s’insère et s’enchaîne dans le débit de Béjart. Épatant. Émouvant.

Mais au théâtre, Béjart a privilégié la danse, porté par son amour de la musique. “La musique m’a complètement transporté”, l’entend-on raconter. Pendant 1h30, sept écrans de cinéma glissent en alternance sur la scène, tels des fenêtres s’ouvrant sur quelques grands chapitres de la vie de Maurice Béjart  : ses origines familiales, son travail de création et de répétition avec ses danseurs, ses liens avec la religion, son souci profond de l’écologie,… Autant de facettes qui se révèlent au public dans une interaction constante entre passé et présent, virtuel et réel. Si, par moments, l’adjonction des écrans peut sembler un brin superficielle, elle prend tout son sens, magnifiant la mémoire et l’œuvre de Béjart, lorsque, par exemple, on découvre des images d’archives où Béjart enseigne les pas du Boléro à Duska Sifnios tandis qu’en parallèle “Mattia-Béjart” duplique la gestuelle avec la danseuse Lisa Cano ou lorsqu’il danse sur scène en duo synchronisé avec Béjart sur écran dans Such Sweet Thunder ou encore lorsque les écrans se fondent totalement dans un extrait de Messe pour le temps présent, où la troupe du BBL passe comme par magie de l’écran à la scène.

Gil Roman, passeur et artisan

Truffé d’extraits de chorégraphies de Béjart (Roméo et Juliette, Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu, Liebe und Tod, Bhakti I, Dibouk,…), toujours interprétées par le BBL, Dixit retrace aussi le parcours de la compagnie  : la disparition de Béjart et la reprise du ballet par Gil Roman, gardien et passeur du répertoire béjartien mais aussi artisan d’un souffle nouveau au sein du BBL. Marc Hollogne rend ainsi également hommage au travail du directeur artistique en consacrant la seconde partie du spectacle à de larges extraits de deux de ses créations  : Syncope (2010) et Tous les hommes presque toujours s’imaginent (2019). Un subtil équilibre entre archives, présent et avenir, où, intemporelle, chemine la danse.

Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 22 février à 20 h et le 23 février à 14h30 et 18 h. Prix de 53 à 88  €. Ouverture de la billetterie ce mercredi 26 juin à 10 h  : 071.31.12.12 –  www.gracialive.be – Fnac et points de vente habituels


Pourquoi Charleroi  ?

Après Forest National en 2017 et 2018 et le Cirque Royal en 2019, le Béjart Ballet Lausanne (BBL) reviendra en Belgique en février 2020, cette fois au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Un choix justifié par la configuration de cette salle qui offre une meilleure visibilité aux spectateurs, car ils sont tous assis face à la scène. Ce qui permet aussi de préserver le cadre intimiste voulu par le spectacle Dixit dans sa dimension mêlant cinéma, théâtre et danse et requérant un dispositif technique particulier.