Certains contes ont plus la cote que d'autres. Il en est même qui parfois nous ennuient tels cette "Princesse au petit pois" de Hans Christian Andersen plusieurs fois programmée aux Rencontres théâtre jeune public à Huy. Hier encore... Quelle ne fut dès lors notre heureuse surprise à la découverte de la version disco, tonique et humoristique de la Compagnie Dérivation. Revisité par Edouard Signolet et mis en scène par Sofia Betz, le conte bouscule ici les stéréotypes, dénonce les tabous, d la peur de l'autre à l'homophobie, et renvoie une image de princesse aussi inhabituelle que salutaire.

Un air connu, "Un jour mon prince viendra...", accueille le spectateur mis d'emblée en appétit. Vestes à paillettes, baskets pop, jean moulant et micro de circonstance... Voici une famille royale comme on en voit peu. Avec un roi, Emile Falk, autoritaire à souhait, une reine, Yannick Duret, superficielle en diable, un prince, remarquable Jérémie Petrus et, dit le narrateur, "c'est à peu près tout". Une distribution de rêve, clownesque, grimaçante et surtout hilarante sans pour autant trop en faire.

Le roi et la reine sont très heureux jusqu'au jour où leur fiston leur annonce qu'il se sent "à l'envers d'être heureux". Branle-bas de combat au palais. Il faut agir et vite, le prince doit se marier et tout ira beaucoup mieux. L'oisillon cependant, freluquet et craintif, ne rêve pas de quitter le nid. Poussé dans le dos par ses parents, il découvre le monde et en revient refroidi. Il a croisé la faim qui a voulu le manger, l'ogre qui a voulu le tuer, la beauté qui l'a rendu triste... Il a compris que certains mangent et que d'autres sont mangés. Et la seule, malicieuse Eline Shumacher, qui a suscité en lui un véritable émoi, ne voulait surtout pas ne rien faire de ses journées, vivre dans un château et porter des robes de princesse... Entre humour noir, selfies et pas de danse, un spectacle survolté qui vous met en jambes pour la journée.

Dancefloor érotique

Des jambes et de la danse qui seront présents également sur le plateau mouvant de "Dancefloor", spectacle pour adolescents, où l'on passe du disco à la techno et où on retrouve la "nouvelle bande" à Fujio Ishimaru, Elsa Debevfe ("Yosh", 2013), Sophie Leso ("Alibi", 2015, nominé meilleur spectacle jeune public au prix de la critique) et Colin Jolet ("Yosh" ). Grand nom du théâtre jeune public, Fujio Ishimaru ne crée rien au hasard et dote souvent ses spectacles d'une certaine zénitude. Le voici dans un registre inhabituel, plus audacieux, moins poétique, assurément, mais néanmoins élégant, captivant voire érotique. A sa manière ultra précise d'arriver, chemise blanche et gilet noir, en barman, une bouteille de champagne à la main, on retrouve d'emblée sa signature. Tout est soigné du début à la fin, des perles enfilées sur un collier appelées à s'éparpiller ensuite en cette nuit de fête où la jeunesse, dorée ou non, se prête à des jeux de soumission jusqu'au petit matin, quand viendra l'heure de balayer les confettis et de reprendre le cours normal de l'existence.