Éloge de l’imperfection

Scènes

Marie Baudet

Publié le - Mis à jour le

Éloge de l’imperfection
© D.R.

Jeans, boots, cheveux longs, démarche de cowboy. Il arpente le rectangle blanc qui tient lieu de plateau, commente l’espace entre ici et là, déploie des chemins, des diagonales. Puis disparaît, escamoté par la scène. De dessous ce parallélépipède de cinq mètres sur quatre et haut de cinquante centimètres surgissent bientôt, çà et là, des yeux, une jambe, des mains, un bras.

Peu à peu ils apparaissent, ils sont trois, collés au sol, en reptation, tentant d’atteindre l’arête où enfin s’accrocher, dans un schéma où les lois de la gravité semblent renversées. Peu à peu ils vont, ensemble et distinctement, chercher une voie vers la verticalité.

Dissonance désinvolte

Tijen Lawton, Mauro Paccagnella et Gaëtan Bulourde - soit une danseuse contemporaine, un danseur chorégraphe performeur et un acteur performeur - apprivoisent ainsi cet espace singulier. Qui ne se laisse pas faire, ni vraiment scène ni tout à fait piédestal. Le trio s’y tient tant bien que mal. On se marche un peu sur les pieds, on se croise, on s’évite, on s’étreint. On se faufile malgré l’un au-devant d’un autre. On se séduit, on s’ignore, on joue, on s’enlace, on se suit, on se fuit. On questionne la présence d’autrui et la sienne. "Harsh songs" - troisième volet du projet "Conti sparsi" - annonce d’ailleurs sa volonté de "tester les élans juvéniles de trois corps de danseurs et interprètes expérimentés qui ne sont juvéniles que dans leur mémoire".

Ces trois-là tentent un accord chorégraphique que sans cesse ils bousculent, sous le signe de la dissonance annoncée par le titre. Et ils chantent, bien sûr, comme on le fait pour se donner en spectacle ou se donner le courage d’avancer encore, avec une application fébrile teintée de désinvolture.

Une avant-première de "Harsh songs" avait été présentée en avril dernier lors de l’événement Danseurs par Charleroi Danses (qui coproduit la pièce de Wooshing Machine avec le Théâtre Marni). La création à l’affiche du D Festival reste fragile, pas tout à fait aboutie. Mais pleine d’une liberté sans complexe : quelque chose d’enfantin, de spontané, de désabusé, qui a emprunté la "Highway to hell" à pieds nus, en laissant ses santiags au bord de la route, dans un nuage de poussière ou de gaz d’échappement.

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