Pudeur, sensations fortes et sentiments irriguent la création de Mercedes Dassy et Tom Adjibi. Critique.

Ça commence par une déferlante visuelle et sonore. Un montage fiévreux de vidéos, clips, mangas, pubs. Un accident de patinage artistique cristallise la persistance du kitsch et l’obsession du spectaculaire dans le flot de données que collecte et régurgite sans répit notre époque.

Par leur travail ensuite sur la lenteur et la saccade, Mercedes Dassy et Tom Adjibi y apportent à la fois un contrepoint et une réponse.

Elle, danseuse et chorégraphe (du très remarqué solo I-Clit notamment), et lui, acteur (entre autres au cinéma pour les frères Dardenne et au théâtre pour Armel Roussel ou Milo Rau), mêlent leurs disciplines dans ce duo-duel protéiforme, qui ne se réduit jamais au couple qui le compose.

L’humour secoue le début de TWYXX, avec un mix savoureux de Questions pour un champion, collage absurde à la façon des cadavres exquis, ou encore un dialogue à la manière japonaise – yaourt ou imitation phonétique, comment savoir ? – où les corps, sans un mouvement, se font vecteurs des voix dans ce qui se révèle peu à peu comme une scène d’amour aux genres inversés.

Un exercice tantrique avec instructions en voix off ouvre sur la suite. La danse se fait plus radicalement présente après ces nappes de mots qui, pour autant, n’escamotaient pas les corps.

© Ayka Lux

Du mécanique à l’organique

Les voici pleinement là. Tous deux pareillement vêtus de brassières à reliefs et de collants graphiques, couleur chair et bleu vif (costumes signés Alexandra Sebbag).

Rais de lumière obliques (Caroline Mathieu) et bande-son (Clément Braive) de techno percussive où vient s’immiscer par bribes le romantisme éraillé de Véronique Sanson, puis plus tard une lancinante chanson d’amour en arabe, habillent TWYXX. Tandis que l’habitent deux êtres d’élan et de contradiction, dont le langage scénique marie le mécanique et l’organique.

Sensations fortes et sentiments s’articulent ici avec générosité et la pudeur nécessaire pour rendre intelligible à tous ce langage neuf, hybride, débridé.

Par leurs présences si distinctes et si complices, Mercedes Dassy et Tom Adjibi offrent au public un shoot d’énergie physique, mentale, sensuelle, émotionnelle. Un océan de doute, avec toute sa houle, métabolisé en puissance de l’instant. Une urgence et un suspens, et au milieu cette force : tout miser sur le présent.

  • Namur, Théâtre royal (studio), jusqu’au 25 septembre, à 19h (samedi 21 à 18h)  081.226.026  www.theatredenamur.be 
  • Et aux Tanneurs, à Bruxelles, du 2 au 6 juin 2020.