Branle-bas de combat dans la classe de Monsieur Vanderelst – ou Vandenbosch, peu importe. La cour de récré est transformée en champ de fouilles. Des archéologues auraient retrouvé des os de mammouths dans le bois d’au-bout, condamné par une palissade. Une barrière, un interdit, rien de tel pour motiver les enfants à essayer de l’enjamber ! Au cœur de cette agitation, le professeur essaye de donner cours. En fervent défenseur de pédagogie ouverte, il aborde la préhistoire et la vie des chasseurs cueilleurs. Mais avant cela, chacun à sa place, les garçons à côté des garçons, les filles à côté des filles…

Une première dictée et le ton se confirme : le masculin l’emporte sur le féminin. “Pourquoi ?”, demande une des fillettes. “Parce que c’est comme ça !”, répond le professeur.

La voici donc enfin posée, cette question essentielle du genre, et de l’écriture inclusive, aux Rencontres théâtre jeune public, grâce à La Classe des mammouths, spectacle de marionnettes et de comédiens tonique en diable du Théâtre des 4 mains qui, décidément, sait y faire pour rythmer ses créations, y mêler l’humour et l’intelligence, et y ajouter, cerise sur le gâteau, comme toujours, un réel sens de la narration. Dès lors, le temps file en compagnie de ces enfants tonitruants, curieux et rebelles.

Pourquoi les filles resteraient dans la grotte ? À l’époque préhistorique, ce sont les femelles qui menaient le troupeau, déclare Adam à son père, Benoît de Cécil de Leu, qui alterne les rôles, et se moque, balourd, du sens de l’orientation des femmes. Cliché parmi d’autres auquel la compagnie tord joyeusement le cou, surtout lorsqu’Adam se réveille dans la peau d’une fille…


Nourrie de rencontres avec des élèves de toutes les cultures, cette ingénieuse mise en scène de Marie-Odile Dupuis et de Jérôme Poncin, avec dessins animés de mammouths projetés sur la palissade, et accrochage des marionnettes en mousse à un portemanteau géant venu symboliser la classe, pose la question de la place des filles et des garçons dans notre société depuis la nuit des temps. Pour nous rappeler combien les ancêtres ont des leçons à nous donner et surtout, à quel point il était temps urgent de les transmettre aux jeunes spectateurs.

Ni oui ni non bien au contraire

Présente également dans Les Zorties, théâtre d’objets de la Cie Mirage Market, qui évoque avec délicatesse, malgré quelques raideurs de manipulation, les difficultés d’adaptation d’une fillette de la campagne dans son école de ville, la classe se trouve également au centre de Fute-Fute des Ateliers de la Colline. À l’école de Touvala, un nouvel arrivant venu de loin soulève bien des ragots. Une mise en scène de Mathias Simon qui, dans la très belle scénographie de Daniel Lesage, vaste structure en bois évoquant un stade de football, souffre malheureusement de distanciation et prive les marionnettes de chair et d’âme. Le Printemps de Jean-Paul Fréhisse, lui, nous a laissé de glace pour évoquer le harcèlement scolaire, sujet oh combien délicat, avec trop de maladresse.

Heureusement, le savoureux professeur Pompon, de la Cie Arts et couleurs, l’une des plus revigorantes du jeune public, vient raviver l’école dans Ni oui ni non bien au contraire ou comment répondre aux questions philosophiques, et parfois secrètes, des enfants : “Si aujourd’hui c’est demain, pourquoi demain c’est plus demain mais c’est aujourd’hui ?”. Le professeur, sage Gauthier Vaessen, ouvre les enveloppes chaque fois que tinte sa boîte aux lettres, à la manière des alertes d’une boîte mail. Mais il ne cède guère, bien malin, aux lois de l’immédiateté, et laisse parfois certaines missives de côté, en attendant que leur réponse s’impose.

Seul derrière sa table, il sort peu à peu ses figurines et colore le décor sous nos yeux ébahis en déroulant un tapis vert, en saupoudrant les sapins verts en plastique de sucre glace les jours de neige, en donnant vie à ses petits cochons, aux loups et agneaux pour raconter, sans paroles, mais avec gestuelles et musiques adaptées, de Peer Gynt à Chopin, selon son humeur, la fable du Loup et de l’agneau. Précieux climax en ce théâtre d’objet pour tout-petits, truffé de trouvailles dont nous ne dévoilerons pas le secret, même sous la torture. Emmenez-y vos petits sans hésiter, et en cas d’empêchement, n’hésitez pas à écrire au professeur Pompon.