C’était il y a un peu plus de sept ans. “Ma cousine, Véro, 29 ans, a déclaré un cancer du sein de stade 4, très agressif. Nous sommes nées à quinze jours d’intervalle. Nous habitions le petit village de Grand-Halleux (Vielsalm). Moi qui suis l’aînée de deux frères, elle était un peu comme ma soeur. Elle est décédée un an et demi plus tard”, raconte Caroline Lambert, comédienne de 37 ans. Face à un cancer aussi violent chez une femme jeune, les médecins en ont recherché l’origine. “Il s’avère que ma grand-mère paternelle avait eu deux cancers; du sein et des ovaires, mais, à l’époque, on ne savait pas trop ce que c’était. Or, après examens, il s’est révélé que ma grand-mère était porteuse du gène BRCA1”, un gène héréditaire qui, dans sa phase mutante, est à l’origine des cancers du sein et des ovaires. Ce même gène dont est porteuse l’actrice américaine Angelina Jolie qui, en 2013, avait annoncé avoir subi une double mastectomie préventive. La famille de Caroline est informée et encouragée à passer le test. “Mon papa était porteur. Du coup, en tant que femme, j’ai décidé de faire le test. J’avais un peu l’effet miroir avec ma cousine. Et il s’est révélé que j’étais porteuse aussi.”

“Libérer la parole”

De cette expérience personnelle et familiale douloureuse, Caroline Lambert en a tiré son premier seul-en-scène : What the luck ?, à découvrir du 4 au 8 février à la Comédie Claude Volter. “Je suis comédienne, et quand ma cousine est décédée, je me suis demandé ce que je pouvais faire, pour qu’elle ne soit pas morte pour rien, reprend la jeune femme. Ce spectacle est un hommage à elle, mais je voulais aussi libérer la parole sur ce sujet – le gène BRCA1, la maladie – qui est encore un peu tabou”. Si son spectacle part de son vécu personnel, Caroline Lambert l’a également construit de façon à ce qu’il revête une portée universelle, car nous avons tous une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Qu’on le sache ou non. “Le point de départ, c’est le décès de ma cousine et le diagnostic chez moi du gène BRCA1, mais le public suit un personnage, avec un fil conducteur, explique-t-elle. Il y a toute une réflexion qui ouvre sur des questions : le moment présent – savoir ou pas savoir –, la transmission – l’hérédité, la maternité,… –, la colère, etc.”

Mais, plus que tout, malgré la gravité du propos, “j’ai envie que les gens ressortent avec de la joie et l’envie de vivre”. What the luck ? est donc un spectacle “touchant et drôle”, souligne-t-elle. “Les gens sortent leur mouchoir mais rigolent aussi. C’est important pour moi qu’il y ait les deux, car le rire permet également de faire sortir la souffrance.” Elle ajoute : “J’ai été éduquée dans l’humour et l’autodérision et ça m’a toujours sauvée. C’était donc impossible que j’écrive mon spectacle sans y mettre de l’humour. Mais ce n’est pas de l’humour gratuit : derrière, il y a du fond, une larme”.

“Un électrochoc”

Avec son titre interrogatif, What the luck ? (Quelle chance ?), laisse la porte ouverte à diverses réponses possibles, propres à chacun.e, mais “au fond de moi, je pense qu’il y a toujours du positif dans le négatif”, reconnaît Caroline Lambert. “C’est sûr, une fois que l’on sait, on ne vit plus de la même façon, assure-t-elle. Se posent les questions du regard que l’on va poser sur ça et de comment on va décider de vivre avec ça. Je me suis dit : ‘Soit je me place en victime soit j’accepte et j’essaie de vivre avec’”. Cette épreuve de la vie, la comédienne la considère comme “un point de rencontre”. “Le décès de ma cousine a été un électrochoc. D’une certaine façon, elle m’a réveillée. Je ne crois pas au hasard. C’était peut-être écrit dans ma vie, mais le fait d’être porteuse de ce gène, même si je préférerais ne pas l’avoir, m’a permis de vivre autrement et mieux.”

Bruxelles, Comédie Claude Volter, du 4 au 8 février. Infos et rés. au 02.762.09.63 ou sur www.comedievolter.be