La mise en scène, il en a toujours rêvé. Devant son café matinal, en face du Théâtre des Galeries en rénovation, Fabrice Gardin a les yeux qui pétillent en pensant aux joyeux acteurs, aux astuces de mise en scène, à l’imprévu qui surgit à chaque représentation. Confiant et enthousiaste malgré les derniers réglages à effectuer, il attend avec impatience la première de la tournée des Châteaux, jeudi à Namur. Pour la deuxième année consécutive, après "Le Jeu de l’amour et du hasard" de Marivaux, c’est à lui qu’a été confiée la mise en scène de ce spectacle estival attendu qui sillonne la Belgique francophone en s’installant dans les cours de demeures de caractère. Pour cette édition, il a choisi "Un Mari idéal" d’Oscar Wilde, un texte "sur la différence entre la façon dont un homme aime une femme et la façon dont une femme aime un homme", explique Fabrice Gardin, malicieux.

Petit à petit

"Je me suis formé à la mise en scène, à Bologne et à Paris pendant deux ans vers 1995", explique Fabrice Gardin. "C’était une expérience magnifique". De retour en Belgique, l’artiste se rend compte qu’il n’est pas si facile de travailler dans le "petit milieu du théâtre" mais grâce à de belles rencontres, notamment avec Dominique Haumont, alors co-directeur du Théâtre des Galeries, Fabrice Gardin devient responsable de la communication, fonction qu’il occupe toujours, et "remet le navire des Galeries à flot" alors qu’il affrontait des vents contraires. Affiches, spots télé et radios, il insuffle un nouveau dynamisme aux côtés de David Michels, nommé directeur. Le plaisir qu’il prend à rédiger des articles et des interviews pour les dossiers de presse lui remet le pied à l’étrier de l’écriture et c’est avec joie qu’il prend sa plume et rédige tour à tour des nouvelles, des pièces ("Compartiment non fumeurs", "Une vie d’infortune"… publiées aux éditions du Cri), des adaptations théâtrales, - récemment "L’assassin habite au 21" de Stanislas-André Steeman ou "Le Vicaire" de Rolf Hochhuth - et même des romans. Il a signé, à quatre mains avec Christian Lutz "Peut-être rencontrerons-nous des pintades en route" (Le Cri, 2006) et "Davies, la mort qui tue" (Le Cri, 2009). Un troisième roman est en cours de publication, annonce-t-il.

Touche-à-tout, Fabrice Gardin observe le travail des metteurs en scène qui montent des spectacles au Théâtre des Galeries. Quelle plus belle école que celle-ci ? Frédéric Latin, Adrian Brine, Jean-Claude Idée, etc. "Il suffisait de pousser la porte des répétitions… c’était magique."

"Petit à petit, j’ai construit non pas un carnet d’adresses mais un carnet de confiance et à un moment je me suis dis que j’avais plus de légitimité et je me suis lancé, d’abord dans de petites salles, au café-théâtre l’Ex-Voto puis à l’Arrière-scène et enfin aux Galeries".

Jusqu’à la tournée des Châteaux

Après deux mises en scène cette saison, "Karl Marx, le retour" au Théâtre de la place des Martyrs avec Michel Poncelet et "Vivons heureux en attendant la mort" de Pierre Desproges avec Dominique Rongvaux au Centre culturel des Riches-Claires, l’année théâtrale se clôture en beauté cet été avec "Un Mari idéal" d’Oscar Wilde. Ce spectacle en plein air qui change de lieu chaque soir est un défi à mettre en scène. "D’abord, il faut tenir compte du lieu, que l’environnement existe, que les murs aient une présence. Ensuite, en fonction de l’endroit où l’on peut placer le praticable sur lequel évoluent les comédiens, les entrées et sorties sont modifiées sans compter la place de la régie. C’est une adaptation permanente". "Le souci de la tournée c’est aussi qu’on répète à l’intérieur… ajoute Fabrice Gardin avec le sourire. Il faut donc encore régler les poumons ! On joue dans 30 lieux différents, parfois on est dans un angle avec 150 personnes et parfois il y a 800 personnes, un immense gradin et une très grande ouverture".

Aucune inquiétude cependant, la compagnie des galeries est aguerrie. Pierre Pigeolet, Céline Peret, Michel Poncelet, Nicolas D’Oultremont… donnent corps et voix à la comédie cynique d’Oscar Wilde. Le mari idéal, Sir Robert Chiltern, mène une brillante carrière politique pour le plus grand bonheur de son épouse, jusqu’à ce que surgisse une Lady, Mrs Cheveley, prête à tout pour le faire chanter… Le mari menacé s’adresse à un ami, "dandy désœuvré", pour tenter de le sortir des griffes de "cette belle vénéneuse". "Après l’affaire Cahuzac, le délit d’initié qui a lieu dans le spectacle et la manière dont le personnage ment effrontément à sa femme ont un écho particulier aujourd’hui." Fabrice Gardin explique : "Je trouve cela intéressant, au milieu d’un divertissement, qu’il y ait un peu du fond et cela, Wilde le manie très bien." Mots d’esprit, double sens, résonances et bien sûr, rires, seront au rendez-vous. "C’est pour cela que je fais du théâtre, je veux que les gens prennent du plaisir."

Tournée des Châteaux de la Belgique francophone, du 18 juillet au 31 août. Un numéro de réservation différent en fonction des lieux de représentation. Dates, lieux et infos : www.trg.be