Metteuse en scène, autrice, actrice, née en Suisse, formée à l'Insas, installée à Bruxelles, Florence Minder nous avait expliqué les chemins ayant conduit à sa nouvelle pièce, d'abord intitulée Le pouvoir et l'art, puis And do not salute. Le troisième titre transitoire Une fiction lucide, optimiste non-excluante et tragi-comique colore aujourd'hui encore ce qui est devenu Faire quelque chose (C'est le faire, non ?).

Le Théâtre le Manège, à Mons, renouait avec le public mardi soir. Masques et distances de rigueur mettant en évidence la présence attentive de celles et ceux qui suivent - ou découvrent - le travail de Venedig Meer, compagnie fondée en 2016. L'Ancre et le Varia accueilleront ensuite le spectacle, coproduit par les Centres scéniques de la Fédération Wallonie Bruxelles, dont encore le Théâtre de Namur et le Théâtre de Liège, où la pièce fera escale à l'automne 2021. Gageons qu'elle n'aura rien perdu alors de son acuité, voire que la trame aura resserré ses mailles - un peu lâches encore le soir de la première.

Avec en écran de veille Short Cuts de Robert Altman, et pour consultant le psychiatre lausannois Jean-Claude Métraux, spécialiste de la migration, Florence Minder a bâti une oeuvre mouvante dont la notion de personnage principal, de premier rôle, est abolie. Un personnage = un personnage, à égalité, annonce-t-elle, face public, peu après le prologue. 

Territoire de fictions

Faire quelque chose articule des morceaux de trajectoires de sept personnages pris à un moment de leur vie où se pose la question de passer à l'action. Pourquoi, comment ? Une employée de pompes funèbres en période d'évaluation. Un prof écarté par sa direction pour avoir parlé à ses élèves d'un organe humain encore jamais décrit par les scientifique. Une autrice de théâtre prise en tenaille entre le deuil d'un frère et la naissance d'une fille. Une femme végétale. Un infirmier occupant le sol d'un hôpital. Une exubérante personne qui vit à travers ses conversations téléphoniques. Et Carla Del Ponte, procureure de justice internationale démissionnaire. 

© Hubert Amiel

Bienvenue donc en territoire de fictions nourries de vrai et constituant, dans le chef de Florence Minder, "des récits collectifs qui nous déterminent". La metteuse en scène laisse dans cette création ample et ambitieuse éclater sa foi en les corps ensemble sur un plateau, en la percussion des récits, du grave et du léger, de l'humour et de la profondeur. Où l'on comprend enfin que "la notion de cohérence s'applique davantage à l'architecture d'intérieur qu'à la vie", et que les superhéros ou les superhéroïnes ne seraient pas capables de grand chose sans l'ordinaire qui forge leur socle.

Avec Raphaëlle Corbisier, Ivan Fatjo, Florence Minder, Ninon Borseï, Lode Thiery, Sophie Sénécaut et Brigitte Dedry. En français, néerlandais, espagnol, et parfois même anglais ou italien, dans un univers visuel conçu par Prunelle Rulens dit Rosier et des costumes signés Marie Szersnovicz, Faire quelque chose (C'est le faire, non ?) ne craint pas de frotter le théâtre aux émotions. Débusquer les failles - au risque d'y égarer parfois le public - afin de placer chacune des figures en position de se redéfinir, d'imaginer son champ d'action: voilà le bel émoi de cette création, où fougue et fiction s'interrogent à foison.

Le résultat, mosaïque atypique, abolit la linéarité au profit d'une temporalité cyclique. Ce qui, sans le mettre à l'abri de quelques longueurs, offre une vision plurielle et réjouissante de ce que faire veut dire.

  • Mons, Théâtre le Manège, à Mons, jusqu'au 1er octobre – 065.39.59.39 – www.surmars.be
  • Ensuite les 7 et 8 octobre à l'Ancre, Charleroi, en accueil à Charleroi danse (071.314.079 – www.ancre.be) et du 8 au 17 décembre au Varia, Bruxelles (02.640.35.50 – www.varia.be)
  • La saison prochaine au Théâtre de Liège et au Théâtre de Namur.