Dans la cour d’honneur, son assemblage osé de flamenco et autres disciplines provoque des réactions épidermiques et contrastées.

"Je crois que la fête est à la fois l’expression et la nécessité de ma culture", affirme Israel Galván. De danseur virtuose qu’il est depuis toujours, il devient chorégraphe, s’invente une grammaire neuve, sans plus se soucier de séduire que de répondre aux canons de sa discipline.

S’affranchir de la virtuosité, rompre le rythme, en sortir, ouvrir des mondes neufs : voilà ce que revendique le danseur et chorégraphe sévillan de 44 ans.

Le temps des concours est révolu. Celui où, fils d’artistes flamencos, il dansait, enfant, dans les "tablaos" et raflait les gros billets dont les spectateurs gratifiaient leurs favoris.

Vient celui des défis et des aventures, sans déni ni dédain pour la toujours vive tradition. Ses pièces sont des expériences, des questions projetées loin. Si par nature le flamenco est un art de soliste (entouré de musicien), Galván a réuni pour "La Fiesta" un groupe volontairement disparate d’artistes atypiques, venus du rock, du flamenco classique ou moderne, de la danse contemporaine, du chant lyrique ou du chœur byzantin. "J’aime l’idée qu’un groupe absorbe mon corps de soliste, que je puisse disparaître en m’unissant à un organisme plus grand et plus fort que moi", dit-il.

Chaos organisé

Sur le vaste plateau de la cour d’honneur du palais des papes, des voix sont montées, des claquements de mains et de talons ont résonné, quand Israel Galván descend du gradin pour se hisser sur scène. Au sol d’abord, obstinément, il tendra vers la verticale, dans un univers dont le chaos s’organise en dialogues, en échanges.

Sans jamais masquer la technique éblouissante de l’artiste, la vérité de l’instinct prime chez l’homme. La célébration qu’a composée là Israel Galván - avec ses tables sur ressorts, ses expérimentations sonores, ses étrangetés assumées, ses chanteurs byzantins au milieu du public, ses accents parodiques parfois, ses complicités organiques et inattendues - met à l’épreuve ceux qui croyaient savoir ce qu’ils venaient voir.

Or c’est à nos yeux bien moins dans l’impureté voulue de la discipline que dans l’échelle que le bât blesse. Lieu magique, majestueux, émouvant, la cour devient le piège de la "Fiesta" qui parfois semble s’user à force de vouloir (voire devoir) y déployer ses audaces hybrides - au risque de donner l’impression d’un gag artificiellement gonflé.

Des spectateurs sortent, certains sifflent un passage où le cri primal répond au chant lyrique, d’autres applaudissent spontanément un numéro. Les réactions, épidermiques, bouillonnent jusqu’à la fin où huées et vivats se mêlent, avant de laisser place dans les travées à des débats immédiats. L’art vivant, décidément.

  • "La Fiesta" en direct sur Arte mercredi 19 juillet. Festival d’Avignon, jusqu’au 26 juillet : www.festival-avignon.com