Dimanche 24 juillet 2016, 13h, sous le mistral et dans l’ombre dentelée des micocouliers. Olivier Py renoue fièrement avec le jardin de la Maison Jean Vilar d’Avignon pour, à quelques heures de la fin officielle du Festival 2016, “réfléchir à ce que nous avons vécu pendant ces trois semaines”. Légèrement raccourcie, la 70e édition n’en aura pas été moins intense. Les équipes (29 personnes pendant l’année, plus de 700 pendant le festival) sont ainsi saluées par le directeur pour “leur énergie, leur engagement, leur passion pour l’art et la pensée”.

Le directeur, qui clôt là son troisième festival, évoque un “état de grâce” : les artistes, dit-il, “ont fait de leur venue à Avignon un moment exceptionnel de leur carrière”. Un moment où “parler de leur monde et, à travers lui, du monde”.

Le public, curieux, militant, résistant

Olivier Py qui, le premier depuis 1979, a remis à l’honneur les trois clefs emblématiques de la cité des papes, paraphrase volontiers le fondateur du Festival : “La force d’Avignon, c’est son public.” Répondant en nombre (95 % de taux de fréquentation, et une hausse de 6,55 % de billets délivrés par rapport à 2015), il est aussi avide de rencontres, curieux de découvrir des artistes dont il ignore tout ou presque.

Ainsi FC Bergman – avec “Het Land Nod”, spectacle aussi populaire que novateur – ou Anne-Cécile Vandalem auront-ils reçu un accueil enthousiaste. De même qu’Ali Chahrour, Maëlle Poésy ou Bérangère Vantusso, que le Festival d’Avignon aura portés au grand jour.

Le public, c’est aussi la France et l’Europe meurtries par des deuils répétés et, au cœur même du festival, par l’attentat de Nice. “Ce qui se passe dans le monde résonne toujours particulièrement fort ici, et change la couleur du festival. Militant par nature, le public d’Avignon est devenu résistant.”

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

La cour d’honneur, lieu difficile, a cette année connu de vifs succès. “Les Damnés” d’Ivo Van Hove, avec la Comédie-Française, “a questionné avec une lucidité effroyable la pérennité des idéaux fondamentaux de l’Europe”. La nouvelle version de “Babel” de Sidi Larbi Cherkaoui (photo) y a répondu, estime Olivier Py, “avec sa présentation de la diversité, du fait que nous ne pouvons marcher qu’ensemble : un événement d’espoir”.

On n’oubliera pas le goût pour les “grandes aventures, parfois interminables” qu’ont manifesté les nombreux spectateurs embarquant pour “2666” de Julien Gosselin, le “Karamazov” de Bellorini à Boulbon ou encore le feuilleton de la Piccola Familia sur l’histoire du festival, “sortant de l’hagiographique et du mémoriel pour parler du festival d’aujourd’hui et de demain”. L’écoute des propos, des inquiétudes et des rêves des plus jeunes aura d’ailleurs été l’un des traits marquants du Festival 2016, avec entre autres “Au cœur” de Thierry Thieû Niang.


La pulsation du monde

Avignon aura aussi résonné de la pulsation du monde. Amos Gitaï et la fracture israélo-palestinienne, Krystian Lupa et Thomas Bernhard face aux héros, Anne-Cécile Vandalem et le populisme, le Raoul Collectif même qui, avec sa “tresse de sottises raffinées, prend acte d’un monde qui finit pour en imaginer un nouveau”, jusqu’au “20 novembre” et à ses échos.

“Les artistes ont concilié la lucidité la plus dure, la plus noire, avec une espérance sur laquelle ils ne cèdent pas. La lumière traverse les ténèbres. Le seul fait d’être ensemble est une transcendance, sans besoin d’un dieu caché. Une transcendance dans le collectif.”

De l’édition prochaine, Olivier Py ne dévoilera que son focus (après le Moyen Orient cette année) : l’Afrique sub-saharienne.


La Libre au Festival d’Avignon 2016: bit.ly/LLBdossierFDA16

Le Off se poursuit jusqu’au 30 juillet (jusqu’au 27 au Théâtre des Doms).