Scènes

Mercredi dernier, c’est une grande dame des scènes belges, Frie Leysen, qui recevait à Amsterdam, au Palais royal, des mains du roi Willem-Alexander, le prestigieux prix Erasmus à la suite de personnalités aussi importantes que Peter Stein, Jürgen Habermas et William Christie.

Frie Leysen fit du Singel à Anvers une grande scène internationale, elle créa et dirigea durant dix ans le Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, elle dirigea le Berliner Festspiele. Cet été elle a dirigé les Wienerfestwochen, « la meilleure édition depuis dix ans », a-t-on dit. Pourtant, malgré une nomination pour quatre éditions, elle décidait de quitter Vienne, ne partageant pas les vues de la direction de ce prestigieux festival.

Devant le roi, elle n’a pas choisi la langue de bois et fit un vigoureux plaidoyer pour les artistes et les créateurs menacés dans l’Europe d’aujourd’hui, y compris aux Pays-Bas : « Il n’y a quasi plus de différences faites entre art, culture et industries culturelles ; on coupe brutalement dans les budgets et le paysage théâtral a été « nettoyé » là où se trouvait le renouveau ; les lieux de création et les laboratoires n’existent plus ; l’art actuel est appelé le « hobby des gauchistes » ; la circulation des artistes internationaux a été réduite à un minimum risible ; tous les grands théâtres offrent quasi le même type de programme où on cherche à plaire à tous et à faire du « chiffre » avec comme résultat que ces théâtres se vident. »

La presse hollandaise fut toute surprise de cette liberté de ton : « elle a fait ce qu’on ne fait pas et elle l’a dit en regardant le roi ! ». Le roi lui-même lui a joliment répondu : « Je n’ai pas le droit d’émettre une opinion, mais je pourrai au moins vous citer et citer vos arguments ».


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