Michael Delaunoy revisite le vaudeville avec Hanokh Levin et douze acteurs-chanteurs.

"Mourir, passe encore, mais pourquoi la veille du mariage de Vélvétsia ?" Tel est le nœud de Funérailles d’hiver, créé en novembre dernier à Neufchâtel (Suisse) par la Cie du Passage et le Rideau de Bruxelles, qui le joue à présent au Centre culturel Jacques Franck. 

Au cœur d’une nuit de décembre, une vieille femme meurt. Latshek Bobitshek, vieux garçon, doit aussitôt faire le nécessaire : avertir la famille et veiller à enterrer sa mère dignement le lendemain. Tout serait simple si sa cousine et son mari, le lendemain justement, ne mariaient leur fille. 

L'ange de la mort (Frank Michaux) est le sombre maître de cérémonie de ces burlesques "Funérailles d'hiver".
L'ange de la mort (Frank Michaux) est le sombre maître de cérémonie de ces burlesques "Funérailles d'hiver". © Cosimo Terlizzi

Le théâtre cruel, kaléidoscopique et plein d’humour de l’Israélien Hanokh Levin (1943-1999) a depuis longtemps séduit Michael Delaunoy, qui l’a beaucoup fait travailler à ses étudiants. Le metteur en scène s’est emparé avec gourmandise de cette tragicomédie grinçante truffée de clins d’œil, farcie de surréalisme avec, pour gaz propulseur, le déni de ceux qui ne sauraient renoncer à la cérémonie dont ils ont tant rêvé. C’est qu’on n’ajourne pas ainsi la noce qui réunira 400 invités et a nécessité la commande de 800 poulets rôtis… 

Qu’à cela ne tienne, parents et fiancés fuient dans la nuit. La course-poursuite entre eux et l’orphelin entraînera cette petite société - accrochée aux convenances au point de toutes les balayer - de la banlieue de Tel Aviv au sommet de l’Himalaya, et retour.

Ballade endiablée

La large distribution donne corps et acuité à ces figures typées. La caricature - qui fait partie du genre - finit par se rendre nécessaire, voire organique, tout comme les passages musicaux se fondent finement à l’ensemble de cette "Farce burlesque avec chansons". 

Lee Maddeford et Muriel Legrand cosignent la musique originale de "Funérailles d'hiver", qui s'immisce subtilement dans l'action tout au long du spectacle.
Lee Maddeford et Muriel Legrand cosignent la musique originale de "Funérailles d'hiver", qui s'immisce subtilement dans l'action tout au long du spectacle. © Alessia Contu

Lee Maddeford (coauteur avec Muriel Legrand de la musique originale) forme avec Philippe Vauchel le couple d’arpenteurs-joggueurs-observateurs Rozenpreik et Liechtenstein (sic). Les mères (Muriel Legrand et Catherine Salée) en prennent pour leur grade et mènent la danse. Les pères (Frank Arnaudon et Thierry Romanens) suivent et survivent comme ils peuvent à cette ballade endiablée sur laquelle plane Samuelov, l’ange de la mort (Frank Michaux). Robert Bouvier campe un Bobitshek mi-attendrissant mi-inquiétant, aux basques duquel se colle le voisin docte et entreprenant (Pierre Aucaigne), tandis que cavalent les futurs mariés (Jeanne Dailler et Fabian Dorsimont) et que se profile celle en qui Bobitshek projettera ses désirs (Laurence Maître).

Didier Payen signe la scénographie et Laurent Kaye les lumières de cet objet remuant dont Clément Thirion a conçu les chorégraphies ludiques. Cette version de Funérailles d’hiver, non sans quelques longueurs au démarrage, trouve rapidement son rythme et salue avec alacrité l’impertinence par laquelle son auteur démonte les travers de la société.

  • Bruxelles, Rideau @Centre culturel Jacques Franck, jusqu’au 23 janvier, à 20h30. Durée : 2h. Infos & rés. : 02.737.16.01, www.rideaudebruxelles.be 
  • Ensuite à la Maison de la culture Famenne-Ardenne le 25 janvier.