Guillemins : le ballet des artistes... et des ouvriers

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Scènes

Jeudi 17, minuit trente. La majestueuse silhouette de la gare de Liège-Guillemins se détache dans la nuit noire, sous le feu de projecteurs blancs et colorés. Un banc de poissons argentés flotte dans l’air, suspendu au-dessus des voies; une créature étrange, corps de train et nageoires, tournoie sur un grand écran à leds. Seize mètres sur seize, ce dernier, mais il paraît bien petit sous l’immense voûte couvrant 200 mètres et culminant à 40 mètres. Et que dire de l’acrobate qui est en train de se déplacer, tête en bas, sur un fil tendu au-dessus de la "scène", c’est-à-dire le quai n° 1 (caténaire hors tension, que l’on se rassure). Celui-ci est occupé par un piano, une longue maquette de train en tissu blanc, montée sur roulettes, et un "petit" podium de 40 mètres sur 4.

Depuis mercredi matin, les 320 personnes du spectacle "Gare à vous" de Franco Dragone (qui marquera l’inauguration de l’édifice ce vendredi) ont investi la gare pour les répétitions in situ. La création, mise en scène par Dirk Decloedt et élaborée sur le thème de la rencontre, mêlera danse, théâtre, opéra, musique, chevaux, acrobaties et autres arts de la rue, outre un feu d’artifice.

A J-2 de l’inauguration, "on en est aux balbutiements", sourit Fabrice Bollen, producteur exécutif. L’équipe Dragone doit jongler avec plusieurs contraintes.

Un site hors normes, d’abord : une "scène" très étirée et profonde d’à peine quelques mètres, l’absence de coulisses et d’accès pour les camions - aussi le matériel a-t-il été déchargé à la gare de triage de Kinkempois, et est arrivé en train de marchandise.

Un site en activité, de surcroît. Y compris pendant le spectacle : "22 trains vont alors entrer et sortir de la gare". Ils seront toutefois "cachés" par un Thalys et un ICE en guise de "fond de scène".

Et, surtout, un site en chantier : "Tout doit se terminer en même temps : le spectacle et la gare", résume Fabrice Bollen. Ce qui a donné lieu à quelques imprévus : "Dix minutes avant de monter une tour de son, nous avons entendu un grand brrroum : un camion venait de déverser des pavés à cet endroit, raconte-t-il. Ce matin, des pelouses ont été déroulées là où l’on devait faire sortir la parade ". "Pas facile de répéter au son des disqueuses, de danser avec des gens qui carrellent". Cela dit, "les surprises sont réciproques", note Carlos Lopez, porte-parole de la SNCB Holding à Liège : le "ballet" des ouvriers a bien dû, quant à lui, composer avec l’armada d’artistes, décors et cavalerie qui a débarqué sur le chantier.

Auparavant, le spectacle avait déjà subi des modifications en raison de sa retransmission en télévision (en direct sur La une), poursuit Fabrice Bollen : "les personnages, les finitions des costumes, des décors ont dû être affinés", histoire de supporter les vues en gros plan.

Cela étant, les contraintes, la nouveauté, ont du bon, indique un très enthousiaste membre de la régie, "cela stimule la créativité".

Verdict ce vendredi 18 à 21 h 30.

Sophie Lebrun

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