Scènes Entretien

Il y a eu le fascinant "(Self) Service". Il y aura, dès mardi à Namur, "Habit(u)ation". Dès le départ, l’envie d’une trilogie était présente, explique Anne-Cécile Vandalem. "J’avais l’impression d’être toujours dans les mêmes problématiques, depuis Zaï zaï zaï zaï (avec Jean-Benoît Ugeux et leur Cie Résidence Catherine, fondée en 2003 - depuis lors devenue Das Fäulein Kompanie). Je voulais me fixer trois spectacles pour explorer les différentes formes de réalité, en allant de l’individu seul au collectif."

Centrale dans chacun des projets : la question de la mort, et "comment le théâtre me permet, à travers ça, de trouver une nouvelle forme de narration". C’est à un moment, à une transition que s’attache en particulier l’auteur et metteur en scène (par ailleurs aussi comédienne) : "l’agonie, ce basculement, ce chemin jusqu’au dernier souffle - même si je ne l’aborde pas frontalement. En cet instant se produit un condensé de vie extrêmement puissant, beaucoup de choses se mettent en mouvement : du regret, de l’envie, de la peur, de l’appétit Ensuite, il s’agit d’aborder tout cela dans le temps formel d’une heure et demie, deux heures - la durée d’un spectacle, qui est un condensé du même ordre."

"Habit (u) ation", c’est l’histoire d’une famille repliée sur elle-même, résignée à ses habitudes, enclose par un perpétuel recommencement. La tante est chauffeur sur une ligne de bus, le père emballe des poissons venus du Chili pour les envoyer en Norvège "Une famille qui vit comme elle peut dans un mouvement cyclique. Au milieu duquel une fillette de 7 ans vit dans l’unique espoir d’un voyage; elle a construit un fantasme, que la famille nourrit et sape en même temps. Prise par cette double contrainte permanente, elle va initier le mouvement "

Aux côtés de Brigitte Dedry, Véronique Dumont et Alexandre Trocki, deux petites filles tiennent en alternance le rôle d’Anni : Epona Guillaume et Chloé Résibois. Comment la metteur en scène s’est-elle attelée à la difficile direction d’enfants acteurs ? "Le plus difficile a été de les choisir, sourit-elle. D’entrée de jeu je savais ne pas avoir les épaules pour les diriger. J’ai tâché de les mettre en situation tout le temps. Le personnage de la petite fille crée une triangulation entre les personnages adultes et le public. Ça amène un relief, une distance, une perspective."

Dans ses spectacles précédents, la technologie tient une place importante. Ici aussi, "le plateau est bourré de moteurs, même si le travail sur le son est moindre". Entre les deux parties, l’une réaliste, l’autre allégorique, "la transition doit rester visible". C’est qu’Anne-Cécile Vandalem manie avec gourmandise à la fois la métaphore et l’artifice de la machine théâtrale. Pour aboutir toujours, elle l’espère, au questionnement. "Dans la vie non plus, on ne comprend jamais tout."

Namur, Grand Manège, du 30 novembre au 11 décembre, à 20h30. De 11 à 18 €. Infos&rés. : 081.226.026, www.theatredenamur.be

Le spectacle sera ensuite joué à Liège, au Théâtre de la Place, du 18 au 21 janvier. Et au KunstenFestivaldesArts, à Bruxelles, du 20 au 23 mai.