Le développement personnel par Olivia Carrère, seule en scène au National. Critique Camille de Marcilly

Elle l’avoue volontiers, la jeune femme en quête d’identité de son solo au titre biblique, "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups" lui ressemble un peu. Olivia Carrère, meilleur espoir féminin aux prix de la Critique 2011 pour son interprétation dans "Life : Reset" de Fabrice Murgia, s’est glissée dans la peau d’une jeune trentenaire déboussolée pour aborder ce qu’elle considère comme une nouvelle religion : le développement personnel.

Depuis quelques années, la pensée positive ou "philosophie du bonheur" imprègne de plus en plus les mentalités. Aux diktats imposés par la société, tels la réussite professionnelle, le mariage, l’éducation des enfants, la beauté… succèdent le "sois heureux" et le "sois toi-même". Mais qui ? Comment ? La jeune femme qui s’adresse au public et appelle à l’aide a déjà tenté de nombreuses thérapies, collectives ou individuelles, mais aucune n’a porté ses fruits.

La wonderwoman, idéal inaccessible

Olivia Carrère alterne les confidences et les chansons dont elle signe les compositions musicales electro arrangées par Yannick Franck. De sa voix grave et chaude, en anglais ou en français, elle chante le mal-être de cette jeune femme qui ne trouve pas sa place avec ses propres textes ou des reprises dont une belle interprétation de "The day before you came" d’Abba. Même quand elle répond à des tests du type "quel genre de couple êtes-vous ?" elle n’entre dans aucune catégorie tant ses points s’équilibrent… Célibataire avec pour corollaire une"misère sexuelle", sans enfants, souvent inactive, elle semble bien loin de l’image soi-disant idéale de la wonderwoman qui réussit professionnellement, reste jeune et belle, bien habillée, polie, aux enfants bien élevés et bien sûr bonne épouse. Le film de Katia Lewkowicz, "Tiens-toi droite" s’attaque justement à ce même thème (LLB du 26/11).

Caustique et pessimiste tout en restant drôle, Olivia Carrère évoque tour à tour le coaching, Dieu, la société, le couple, la quête du bonheur, au risque de s’éparpiller un peu quelquefois même si tout a un lien. La jeune comédienne n’est d’ailleurs jamais aussi talentueuse que quand elle interprète un rôle; la scène de coaching sur fond de forêts et monts enneigés est irrésistible. Avec les vidéos de Lionel Ravira, elle nous embarque sans peine dans son curieux univers personnel, sans fioritures.

Bruxelles, Théâtre National, jusqu’au 6 décembre. Durée : env. 1h10. Infos : 02.203.53.03; www.theatrenational.b