Pour les amoureux du théâtre, voilà une occasion à ne pas rater. Découvrir deux versions très différentes d’une même grande pièce et découvrir aussi ce que les meilleurs acteurs flamands peuvent être.

On pourra en effet voir à quelques semaines d’intervalle, deux interprétations de la pièce de l’Américaine Tracy Letts, « August : Osage County », écrite en 2007, prix Pulitzer et porté ensuite à l’écran par John Wells avec Meryl Streep et Julia Roberts. On la découvrira dès le 11 janvier au Théâtre de Liège dans sa traduction française, « Un été à Osage County », mise en scène par Dominique Pitoiset et la scène dramatique d’Annecy.

Mais on peut déjà en voir une version formidable, en flamand, surtitré en français, au KVS à Bruxelles. Le texte de Tracy Letts y a été adapté et mis en en scène par Tom Dewispelaere et Stijn Van Opstal d’« Olympique dramatique », un collectif anversois (type TG Stan) travaillant au Toneelhuis avec Guy Cassiers. Si on connaît un petit peu le néerlandais et aidé par les surtitres, on peut goûter une langue d’une verdeur et d’une force savoureuse et incroyable.

La version d’Olympique dramatique a été créée par les trois théâtres de ville de Flandre (KVS, NTGent et Toneelhuis), avec une bande de douze acteurs stars en Flandre du théâtre comme du cinéma. Les prestations par exemple de Gilda De Bal dans le rôle de Violet, la mère, et d’Els Dottermans dans celui de la fille Barbara, resteront mémorables.

On peut découvrir ce que peut être en Flandre, un théâtre de textes au vitriol, par certains cotés fort classique, quand il est porté par des acteurs au sommet.

La figure de l’Indienne

L’histoire est un mélange d’abord de Tennessee Williams, puis de « Festen », pour se terminer par un propos universel. On découvre un couple vieilli et amer : un père ancien poète et alcoolique, et une mère droguée aux médicaments. Le père se suicide et les trois filles arrivent au « ranch » soutenir la mère, avec parfois leur mari ou fiancé, mais toujours avec leurs névroses et leurs problèmes non résolus. On retrouve aussi une tante et une nymphette de 15 ans.

Il fait trop chaud, moite. Le père est désespéré par un monde américain qu’il voit comme une « merde ». La mère n’est plus que causticité et pieuvre. Elle s’amuse à tout détruire autour d’elle, à commencer par ses filles.

Si le début, au KVS, est un peu lent et figé, la pièce démarre vraiment quand toute la famille ( ?) se retrouve à table, avec ses rancœurs et ses jalousies (qui le père aimait-il le mieux ?).

Tracey Letts a le sens du suspense, ménage des surprises, pour mettre à jour dans une comédie, le passé secret, les haines entre soeurs, le nœud de vipères des familles, les ravages de l’âge qui avance, les rapports hommes-femmes, les désillusions de la vie. Tout est drôle mais extrêmement noir dans ce théâtre de la fin du XXe siècle, où hommes et femmes cherchent en vain le bonheur. Face à eux, il y a la seule figure saine, et symbolique, de l’Indienne engagée comme bonne. Elle ne parle pas, elle est droite et belle. Seule, elle émerge d’un monde ravagé.

« Augustus ergens op de vlakte », au KVS jusqu’au 13 décembre, www.kvs.be