Inspiré de la science fiction, le «Futuro Antico» de Martin Palisse se révèle introspectif, voire méditatif.

L’exploration du passé s’ouvre sur le gong, qui d’emblée donne à Futuro Antico une dimension méditative, qui emportera le spectateur au fil du temps, celui de l’histoire, de notre passé et de notre futur. Celui, aussi, de la représentation, pour laquelle il est doux, voire conseillé de lâcher prise.

Seul, sur un damier lumineux de trois mètres carrés, face à une boule ronde, à l’image de la terre, Martin Palisse se laisse fasciner par cette forme parfaite, rondeur tout en contrastes.

Trois, un chiffre important pour l'artiste, qui ne jongle jamais avec plus de trois balles. Ce qui lui valut parfois d’être traité de «jongleur à deux balles, ou de "ne pas valoir cinq balles», mais peu lui chaut, il ne changera pas d’avis. «Parce que», dit-il en souriant, «plus de trois balles, c’est vulgaire. C’est un parti pris depuis que je suis jeune, car il faut radicaliser. La surenchère dans le jonglage existe depuis la nuit des temps. Il suffit d’être stakhanoviste et cela marche. Il n’y a pas de variation, sinon d’ajouter toujours un élément, mais il ne se passera rien de plus. Et il ne faut pas croire que c’est difficile. A un, deux ou trois balles, on a une vraie capacité de mouvement du corps, d’évolution. Cela permet aussi de quitter le registre de la prouesse pure et dure.».

Autre règle d’or à ses yeux: ne jongler qu’avec des balles ou un bâton, car il s’agit des symboles les plus neutres géométriquement. Il n’échange pas non plus ses balles, pour qu’elles deviennent réellement le prolongement de son corps dans ce travail sur la répétition, à l’image de la danse contemporaine. C’est la première fois que Martin Palisse jongle seul, accompagné sur scène par le percussionniste Cosmic Neman, chapeau melon et gants blancs, toujours en recherche de nouveaux sons, puisant son inspiration dans les arts complémentaires, du cinéma aux arts plastiques.

D’hier à demain

«J’incarne un homme du passé, dans la première scène. Puis il y a un bon dans le temps. Le jongleur dans une espèce de cube enfermé, c’est un peu le vaisseau à la dérive, c’est aussi l’homme qui apprend à maîtriser l’objet» nous dit Martin Palisse. Peu à peu, le couvercle du cube dans lequel il évolue s’abaisse sur sa marelle cosmique, reflétant une prestation de plus de plus intime, dans cette pièce fantastique, inspirée de la science fiction.

Mieux vaut, dès lors, assister à Futuro Antico dans une certaine proximité, comme pourra le faire le public des Halles, dès le 12 février, pour la première venue de M.Palisse en Belgique.

© Christophe Raynau de Lage

D’autres salles, tel l’imposant Cirque Jules Verne, à Amiens, avec sa configuration traditionnelle de cirque d’hiver du XIXe siècle - où il vient de faire escale, et où nous l’avons rencontré - , se prêtent beaucoup moins à l’exercice.

A l’issue de la représentation, il nous reçoit dans sa loge, nous expliquant, entre autres, que s’il a choisi de jongler parfois les yeux bandés, c’est par attrait pour la contrainte créative, qui lui permet de ne pas partir de la page blanche.

«J’avais également envie de travailler avec de la lumière qui venait du sol, car cela n’avait jamais été fait en jonglage, un art très cinétique. En contrepoint, je souhaitais aussi jouer avec une lumière zénithale.La solitude n’est pas forcément facile à gérer. Il a fallu un certain temps pour que je me détende, mais, en revanche, être seul octroie une grande liberté» nous confie l’artiste, à l’issue d’un spectacle introverti, dont l’objectif n’est pas d’interagir avec le public, mais plutôt de le faire décoller dans des sensations.

Aux Halles de Schaerbeek, à 20h00, du 12 au 14 février. Infos : www.halles.be ou 02.227.59.60