Ondine Cloez, Karine Ponties, Luna Cenere. Trois artistes, trois femmes pour inaugurer, en une soirée composée aux Brigittines, l’édition 2020 du festival In Movement.

Le goût de Karine Ponties pour l’image animée n’est pas neuf. La chorégraphe est allée jusqu’à l’intégrer en direct (Holeulone ou Brutalis, en collaboration avec le plasticien et auteur de BD Thierry Van Hasselt).

“Le dessin et l’animation ont une place à part entière dans mes créations; ces œuvres contiennent des secrets, des plis de l’extraordinaire et de l’extravagance”, dit celle qui, avec sa compagnie Dame de Pic, a créé en vingt ans une quarantaine de pièces.

Code-source

Un film d’animation multiprimé, sur lequel elle a “trébuché” il y a une dizaine d’années, a servi d'amorce la longue réflexion conduisant à Lichens. Signé Youri Norstein, inspiré d’une berceuse traditionnelle russe, Le Conte des contes (1979) revisite l’histoire du XXe siècle comme en pénétrant les méandres de la mémoire. Un bestiaire où les animaux ne sont jamais aussi cruels – ni aussi vulnérables – que les humains, où s’entrechoquent la menace et l’innocence, les transparences et l’opacité, l’enfance et la guerre, le poétique et le politique. 

Table de banquet ? catafalque ? Formes et matières évoluent dans "Lichens", comme en écho aux superpositions d'images du "Conte des contes". © Andrea Messana

Sans vouloir reproduire cet opus d’exception, Karine Ponties en a fait le code source de sa nouvelle pièce. Elle pour qui “la matière a ses propres secrets” en joue avec ses six magnifiques interprètes, créateurs d’images autant que de gestes dans un univers scandé par l’engloutissement et le surgissement, l’enfermement et la suspension. 

Terre à terre ou chimères, des créatures surgissent, reviennent ou disparaissent à jamais dans cet espace scénique structuré par une série de boîtes et un mât, offrant malgré ses arêtes un champ cyclique, ludique, aux caprices du souvenir.

Conçu avec la complicité de Guillaume Toussaint Fromentin (dramaturgie, lumières) de David Monceau (son), de Gaëlle Marras (costumes), Lichens défie les modes pour révéler un monde – le nôtre, ou presque – à réinventer sans cesse, avec ses illusions, ses dérisions, ses rudesses.

Absences, présences

Dans "Vacances Vacance", Ondine Cloez salue ces moments où, bien que présent, on n'est pas vraiment là. © Florent Garnier

En ouverture de soirée, Ondine Cloez sonde dans Vacances Vacance le corps et la pensée. Cocasse et plus radicale qu’il n’y paraît, sa performance évoque l’hypnose, les expériences de mort imminente, Démosthène, Nadia Comanecci, le peyotl et autres exemples à l’appui de son propos : une paradoxale, déroutante et réjouissante quête de l’absence. Qui interroge en filigrane la position du spectateur, lui qui aurait pu être ailleurs mais qui, dans l’ici et maintenant du spectacle, se fabrique des souvenirs.

Luna Cenere quant à elle joue, ô combien, sur la présence mais aussi la transfiguration. Son solo Kokoro fait de l’architecture du corps une matière picturale captivante, en état d’hybridation permanente. 

Le solo de la danseuse napolitaine Luna Cenere s'intitule "Kokoro", mot japonais pouvant se traduire par "moi intérieur" en ce qu'il englobe les mots "esprit" et "coeur". © Andrea Macchia

  • Bruxelles, Brigittines, jusqu’au 7 mars (“Vacances Vacance” à 19h, “Lichens” à 20h30, “Kokoro” à 22h). 
  • Festival In Movement, jusqu’au 21 mars. Infos, programme complet, rés. : 02.213.86.10, www.brigittines.be