La compagnie BERLIN a suivi 5 ans un couple resté en zone contaminée à Tchernobyl. Bouleversant.

La compagnie BERLIN (Bart Baele et Yves Degryse) explore depuis 2003, par des installations filmiques et théâtrales, des villes ou lieux dans le monde qui peuvent « contenir le monde » et interroger les mutations des sociétés actuelles. Leur nouvelle création « Zvizdal, Tchernobyl si loin, si proche » est exemplaire cet égard et a été créée dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles.

Alertés par la journaliste française Cathy Blisson, liée à ce projet, ils ont découvert en 2011 le couple très improbable de Nadia et Pétro, tous deux proches de 80 ans, et qui sont les seuls encore à vivre dans le village de Zvizdal, près de Tchernobyl. Ils y sont restés isolés, depuis la catastrophe de 1986, malgré l’ordre d’évacuer la zone. Pétro le dit : « Quand tu es né quelque part, tu dois rester vivre dans ton habitat naturel. Si je devais partir pour un autre territoire je mourrais. »

Pendant cinq ans, BERLIN et Cathy Blisson sont venus fréquemment les voir et les ont filmés : couple claudiquant, misérable, seuls dans la forêt ukrainienne mystérieuse et dangereuse. Peu à peu, le pauvre devient morbide : leur chien, leur cheval et leur vache meurent et puis c’est le tour de Pétro et bientôt sans doute de Nadia qu’on voit en équilibre instable sur ses jambes foutues, les larmes dans les yeux.

Dans un dispositif bifrontal on suit leur histoire avec un film plein d’humanité et de tendresse et aussi avec des maquettes de leur ferme, de leur monde clos, filmé sur scène par deux caméras. De quoi rendre encore plus proche de nous cette histoire si simple, dramatique et universelle.

Car à travers leur exemple, on réfléchit à la vieillesse, à la mort, à l’avenir d’un couple fusionnel, mais aussi à ce que signifie « l’ancrage » des hommes (les réfugiés et les déplacés le sont pour la vie), et aux mutations de la société. La fin programmée de Pétro et Nadia est bien celle d’une certaine humanité en voie de disparition et «nous renseigne sur les contradictions d’un monde en profonde mutation ».

BERLIN, « Zvizdal », au Bronks, à Bruxelles, encore jusqu’au 15 mai. Vaste tournée en Europe.