Ni annulé ni reporté: repensé. Le Kunsten 2020, de mai, est passé à l’automne, pour une édition spéciale en trois chapitres dont le premier, Every Inside Has an Outside, s’ouvrait vendredi.

Dans la cour de la Maison des arts de Schaerbeek, point nodal de l’événement de cinq jours, aux côtés de ses pairs Daniel Blanga Gubbay et Dries Douibi, la codirectrice Sophie Alexandre salue la mémoire de “deux femmes extraodinaires”, soutiens sans faille du festival: Marion Hänsel et Anne Hislaire.

Curieux, aventureux, en recherche: leur esprit accompagne non seulement la programmation du KFDA mais ce que vient y débusquer le public – qui a répondu en nombre (limité par nécessité) et de bonne grâce aux mesures sanitaires strictement appliquées ici. Où l’on constate que ni masque ni distance n’empêchent de se frotter à la création contemporaine. Et que celle-ci, sans en faire un sujet indépassable, digère le contexte pandémique, l’éclaire et l’enveloppe de ses esthétiques singulières.

Le documentariste Wang Bing dans la reconstitution aux Halles de l'appartement où il fut confiné, à Guangzhou, dès janvier. © Bea Borgers

Les contours divers de la narration

Le cinéaste et documentariste Wang Bing (Xi’an, °1967) propose avec Scenes: Glimpses from a Lockdown une immersion multiple, dans l’appartement où il a été confiné dès janvier en Chine, dans les images, tournées à Guangzhou ou à Lagos, par cet observateur obstiné des plus humbles, dans les lieux où, supposément, il n’y a “rien à voir”.

L’enfermement et le parcours qu’on s’y choisit figurent également au cœur de The House of Sorrow de Jisun Kim, jeu vidéo narratif à découvrir au théâtre ou en ligne.

"The House of Sorrow", jeu vidéo narratif de Jisun Kim à découvrir en salle ou en ligne. © Bea Borgers

Narration encore, tradition, fiction, réincarnation, projection imbibent le film de l’artiste vietnamienne Tuan Andrew Nguyen. My Ailing Beliefs Can Cure Your Wretched Desires déploie, en 18 minutes et en splitscreen, un conte nourri de réel et de surnaturel, pour une conclusion très à propos malgré le décalage – le film datant de 2017.

Autant de propositions artistiques où la narration et son acuité se font jour sous des aspects inédits et puissants.

Poétique et politique de l'espace public

Outre la pièce spécialement imaginée par Anne Teresa De Keersmaeker et Radouan Mriziga pour le jardin de la Maison des arts (3ird5 @ w9rk, critique à venir), ce premier volet du Kunsten 2020 questionne avec à propos la présence de l’art dans l’espace public.

Gwendoline Robin a élaboré avec de jeunes habitants du quartier un feu d’artifice diurne tiré dimanche après-midi place Lehon.

Begüm Erciyas, habituée du Kunstenfestivaldesarts, s’est plongée dans les Letters from Attica de Samuel Melville pour sonder à travers la voix – du public, actif – le pouvoir de la transmission et des mots des personnes isolées, qu’elles soient en prison (comme ici Sam échangeant des lettres avec ses correspondants, entre 1969 et 1971) ou en voyage solitaire. Le tout dans un parc public et méconnu de Schaerbeek.

L'artiste camerounais Guy Wouété, samedi, à l'angle de la chaussée de Haecht et de la rue du Méridien, à Schaerbeek. © Bea Borgers

Carrefour, rond-point, place: la ville et la rue comme lieux d’expression, de manifestation, de revendication. Le secteur culturel et événementiel en sait quelque chose, lui qui manifestait dimanche son inquiétude toujours plus grande devant l’iniquité des mesures anti-Covid. Le plasticien camerounais Guy Wouété brandit, huit heures par jour, avec deux autres personnes, des banderoles au texte aussi poétique que politique.

Intitulée En quête des marges fluctuantes, son intervention met en perspective la liberté d’expression autant que le travail invisible et/ou non rémunéré, grand oublié des politiques de soutien en temps de crise.

  • Every Inside Has an Outside, Kunstenfestivaldesarts, jusqu’au 8 septembre à la Maison des arts et aux Halles de Schaerbeek – 02.226.45.93 – www.kfda.be