À la Raffinerie à Bruxelles mercredi, aux Écuries à Charleroi jeudi : il en fallait, de la ténacité, pour maintenir la venue en Belgique de la Cie Shonen dans les circonstances actuelles. Mais elle est là, avec cet Âge d'or qui enchaîne une performance et un film, tous deux conçus par Éric Minh Cuong Castaing.

Issu du champ des arts visuels puis entré dans la danse via le hip-hop, le butoh, jusqu'à la danse contemporaine, artiste associé de 2016 à 2019 au Ballet national de Marseille (le BNM, dirigé aujourd'hui par le collectif La Horde), le chorégraphe a mené durant plusieurs mois un atelier dans un centre médico-spécialisé de Marseille qui accueille des enfants et adolescents atteints de troubles moteurs. 

Thomas, Maëlle, Yacoub et les autres

L'œuvre qu'il présente ici en résulte. Une performance d'abord où la maîtrise du corps des danseurs (Éric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal, Jeanne Colin) accompagne, guide, soutient l'imprévisible des corps empêchés. On salue l'humilité capitale de soutenir, porter, donner forme sans nier ni contraindre la forme autre de ces corps hors-normes.

Ils sont trois à avoir pu faire le déplacement, avec leurs parents. À tour de rôle, quittant le dispositif qui leur permet de se mouvoir, Thomas Verbeke, Maëlle Cavin, Yacoub Al Mohammed Alali vont occuper la scène – couverte de souples tapis de sport – et, avec un, deux ou trois danseurs, danser à leur tour.

L'approche, pour chacun, est douce et ludique. Un apprivoisement, une re-connaissance par le toucher, le massage. Le geste déjà, qui bientôt s'amplifie dans une tendre tension entre le faire et le laisser-aller, entre l'action et l'abandon, avec pour axe majeur le plaisir.

Regards, soupirs, sourires

Et puis le film (lauréat de plusieurs prix). Entre making of – où l'on se faufile dans le temps partagé des ateliers – et poésie presque abstraite. L'Âge d'or, ici, capte au plus près les regards, les soupirs, les sourires. L'expérience du geste transmise par le biais à la fois du toucher et de la réalité virtuelle. L'expérience partagée, déployée, toute ténue qu'elle soit, magnifiée par une réalisation tout en finesse, une dramaturgie subtile (Marine Relinger), un montage aussi sobre qu'inventif (François Duverger).

Entre picturalité somptueuse et célébration sensuelle, Éric Minh Cuong Castaing et ses complices tissent en cet Âge d'or la force du lien et de l'instant.