La saison de la Valette s’ouvre avec une valeur sûre : "Petits Crimes conjugaux" d’Éric-Emmanuel Schmitt.

Malgré les difficultés financières et un avenir en pointillés (lire ci-contre), le Théâtre de la Valette, à Ittre, dans l’ouest du Brabant wallon, vient d’ouvrir sa saison 2018-2019 avec une pièce bien connue de l’auteur Éric-Emmanuel Schmitt, Petits Crimes conjugaux, mise en scène par Michel Wright, nouvellement nommé directeur de la Valette.

Un appartement cossu, décoré avec goût : un coin cuisine avec chaises et table hautes, deux tableaux abstraits, une bibliothèque, un divan, un lecteur CD. Lisa (Catherine Conet) ramène à la maison son époux Gilles (Jean-Philippe Altenloh), de retour de l’hôpital après un accident domestique qui l’a rendu amnésique. Privé de mémoire et des souvenirs qui le lient à celle qui dit être sa femme, Gilles tente de se rassurer : "Est-ce que tu m’aimes ? - Calmez-vous ! - Tu n’es pas ma femme. Tu me vouvoies." Très vite, le doute s’installe. Sur lui. Sur elle. Sur leur couple. Quinze ans de vie conjugale : forcément, ça ne se résume pas à quinze ans de bonheur et d’amour parfait. "Vous n’osez pas m’avouer que notre couple n’était plus heureux", devine Gilles.

Spectateur et enquêteur

Peu à peu, la glace se brise et les langues se délient. "Quel genre de mari j’étais ?" s’enquiert Gilles. "Tu écris des romans policiers", lui apprend Lisa. Mais Gilles est taraudé par une question : "Que s’est-il passé le soir de mon accident ?" Les explications de Lisa sont confuses, là où la vivacité d’esprit de Gilles, amnésique, interpelle. Alors, qui ment ? Qui manipule qui ? Gilles a-t-il vraiment perdu la mémoire ? Lisa raconte-t-elle toute la vérité ? Et si le mensonge permettait de repartir de zéro, d’oblitérer les erreurs du passé - les petits crimes conjugaux - et de panser les blessures d’un couple meurtri par l’usure ?

Au fil des dialogues, façonnés par la plume sincère et fébrile d’Éric-Emmanuel Schmitt et saupoudrés d’un zeste d’humour, le spectateur, tel un enquêteur, décèle peu à peu les brèches dans lesquelles l’amour de Gilles et Lisa s’est perdu : l’incompréhension, l’infidélité, l’alcool, la violence, la honte, la peur de vieillir, la peur de perdre l’être aimé, de finir ses jours seul(e).

Catherine Conet et Jean-Philippe Altenloh, tantôt complices, tantôt ennemis, font parfaitement ressentir ce trouble, ce point de déséquilibre entre l’ivresse des débuts, là où tout est possible, et l’insidieux désenchantement de la routine, là où tout peut chavirer. Lequel des deux est coupable de leur couple à la dérive ? Mais, surtout, ont-ils envie de le sauver ?

Ittre, la Valette, jusqu’au 31 décembre. Infos et rés. : 067.64.81.11 - www.theatrelavalette.be

Trois questions à Michel Wright, nouveau directeur du théâtre la Valette à Ittre

1 La Valette a souffert de pas mal de tumulte ces derniers mois. Pourquoi avoir accepté d’en devenir le nouveau directeur ?

L’année dernière, les autorités communales d’Ittre ainsi que le CA du théâtre m’ont demandé de devenir le directeur de la Valette, après que j’ai mis en scène et joué dans “Le Souper” de Brisville. Or, à ce moment, le théâtre avait été privé de ses subventions [NdlR  : à la suite du renouvellement des contrats-programmes]. Et j’ai refusé. Mais j’avais envie de sauver ce théâtre. Ce théâtre a sa raison d’être. Je veux garantir l’emploi et permettre aux spectateurs du Brabant wallon de ne pas uniquement se contenter de Louvain-la-Neuve qui est à 30 km. Alors, à la rentrée, nous sommes allés en délégation au cabinet de la ministre de la Culture (CDH) avec des représentants de la commune et de la Province (qui a un projet immobilier dans le corps de ferme de la Valette, en conservant le théâtre et en l’amplifiant). Et, de manière complètement inattendue, le cabinet a sorti une enveloppe de 70 000  euros pour me permettre de redémarrer les activités avant fin 2018. J’ai donc démarré la saison le 6 décembre avec “Petits Crimes conjugaux” et il y aura aussi un 2e spectacle début 2019 : “Les Combustibles” d’Amélie Nothomb. Parallèlement, une demande d’aide pluriannuelle pour trois ans (2019-2021) a été introduite auprès du Conseil de l’art dramatique.

2 L’attente d’une aide pluriannuelle est une épée de Damoclès pour la Valette. Comment envisagez-vous l’avenir ?

De manière très simple : je fais comme si tout allait bien, comme ça, je peux faire le maximum de ce que j’ai envie de faire. Et si ça s’arrête, eh bien, ça s’arrête. Au moins, j’aurai essayé. Une décision concernant notre demande d’aide pluriannuelle devrait tomber avant fin décembre. Je l’attends avec énormément d’impatience, mais avec confiance : je ne peux pas croire qu’on m’ait donné une bouée de sauvetage de 70 000  € pour me recouper les vivres juste derrière.

3 Vous êtes le 4e successeur du fondateur de la Valette, Léonil McCormick. Votre nomination sera-t-elle gage de stabilité ?

La grande différence, c’est que, contrairement aux successeurs précédents qui avaient le titre de directeur artistique, Léonil McCormick m’a donné les clés du théâtre. Il s’est bien rendu compte que diriger à deux, ça ne va pas.