Une chemise à carreaux sur un jeans et une paire de lunettes à monture noire retenue par un cordon autour de son cou. Jean-Luc Piraux entre en scène. Derrière lui, une chaise et une table en bois sur laquelle sont posés un verre et une bouteille d’eau pétillante. “Ça va ? Oui ?”, s’enquiert-il auprès des spectateurs mis en pleine lumière. Une question anodine mais dont la réponse commune “Oui, oui”peut parfois cacher une tout autre réalité. À savoir : non, ça ne va pas du tout.

Et c’est ce qui lui est arrivé à Jean-Luc Piraux, le 29 novembre 2018, jour J pour présenter sa nouvelle création au public, mais, surtout, “jour F ; ‘F’ pour ma fin du monde à moi”, raconte-t-il. Il est à bout, usé de courir sans cesse après le temps. Alors, ce jour-là, jour de la première, paralysé par la peur de ne pas oser dire que ça ne va pas, c’est le “tsunami” dans ses neurones. À tel point que, rentré chez lui, il grimpe sur le rebord de la fenêtre du 4e étage. En burn-out, il est hospitalisé pendant une semaine.

C’est de son propre vécu de l’épuisement professionnel que Jean-Luc Piraux a tiré son nouveau seul-en-scène Rage dedans. De ce fameux jour F où tout a basculé, il emmène les spectateurs sur le chemin, sinueux, de la reconstruction. De soi mais aussi du sens que l’on impulse à sa vie. Et si l’on pourrait craindre un spectacle plombant au vu du sujet abordé, il n’en est absolument rien ! Jean-Luc Piraux manie avec tact, humour et dérision son récit en le faisant traverser par une galerie de personnages – deux commères, sa psy aux origines anglaises, son metteur en scène français,… – qui donnent du rythme à la pièce et la structurent tout en offrant différents points de vue sur son burn-out.

“Qui dit encore ‘je t’aime ?’”

Fil rouge de son spectacle, son séjour à l’hôpital lui permet de relever ce qui l’a le plus marqué chez les patients, ceux qu’il surnomme “les naufragés de l’amour” ou plutôt “les vigiles de l’amour” : ce besoin de tendresse, de câlin, d’“être pris à bras” quand on a touché le fond. Ce fil, il le tire habilement pour s’interroger sur la relation de couple, le sien – “15 ans de fusion puis 15 ans de pire” – en prenant, habilement, tout au long de la pièce le public à partie – “votre couple, ça va ?”, “qui dit encore ‘je t’aime ?’”,…  C’est drôle, surprenant, piquant et puis, surtout, ça transpire le vrai, le vécu !

Grave sans être lourd, tendre sans être pathétique, fin sans être alambiqué et drôle sans être ridicule, Jean-Luc Piraux continue avec Rage dedans (après En toute inquiétude, Faut y aller ! et Six pieds sur terre) à sonder l’âme humaine, faisant affleurer ses aspérités, ses fragilités mais aussi ses éclats de générosité.

Louvain-la-Neuve, Blocry, jusqu’au 25 octobre. Infos et rés. au 0800.25.325 ou sur www.atjv.be