Scènes

Une salle immaculée. Un néon clignote. Silencieux, il observe, scrute, inspecte le lieu. Teste l’éclairage. – “Alors  ?”, lui demande Anna (Sarah Joseph), la régisseuse. – “Mmh oui. Très bien. Peut-on avoir autre chose pour l’éclairage  ?”

Né dans ce petit village rural, Denis (Laurent Capelluto) est aujourd’hui un artiste plasticien de renom, vivant à Barcelone. La commune a acquis la maison de son enfance pour en faire un centre d’exposition. Pour inaugurer ce nouveau lieu dédié à l’art, la responsable, Shérine (Sandrine Laroche), a proposé à Denis, son ami d’enfance, de lui consacrer une rétrospective. Pour l’aider à monter l’exposition, Shérine peut compter sur l’aide de Stéphane (Jonas Claessens), jeune stagiaire et artiste peintre à ses heures. Tandis que Shérine, Anna et Stéphane attendent que Denis pose clairement ses exigences et desiderata pour disposer ses œuvres – et lesquelles surtout  ! –, l’école du village, transformée en centre d’accueil pour migrants, accueille ses premières familles.

La mise en scène de Pietro Pizzuti, épurée et construite autour des va-et-vient des personnages et d’un jeu de panneaux coulissants, ancre le texte de Bernard Cogniaux dans le décor de la salle d’exposition. Le public assiste ainsi, au fil du récit, aux différents doutes, angoisses et caprices qui animent Denis et qui, partant, se répercutent sur l’organisation de l’exposition. Face à ses hésitations, incertitudes et idées impulsives, Shérine se doit de le “recadrer” et de lui rappeler qu’il y a des enjeux culturels et financiers   : le centre est soutenu par l’échevinat de la Culture et sponsorisé par une grosse entreprise…

Des questions et du slam 

Ces questions sur l’artiste, sa valeur et sa place dans la société et en tant qu’acteur (ou pas) d’une politique culturelle donnée, Bernard Cogniaux les fait habilement se croiser “hors champ” avec la question de l’accueil des migrants.

Tandis que le public reste devant une salle d’exposition vide, il est pris à témoin par les personnages d’Anna et de Stéphane, qui s’impliquent auprès des migrants. Il comprend ainsi les inimitiés dont sont assaillies les familles réfugiées. Une dichotomie rehaussée par d’excellents morceaux de slam mais où, in fine, le public se rend compte que même si, à certains égards, l’art peut paraître futile et dérisoire, il demeure indispensable.

Bruxelles, Le Public, jusqu’au 27 avril. Infos et réserv. au 0800.944.44 ou sur www.theatrelepublic.be.