Quand sa production de "La Scala di seta" fut donnée pour la première fois au Festival de Pesaro en 2009, Damiano Michieletto était un jeune metteur en scène vénitien encore peu connu hors de la péninsule. Sept ans plus tard, le spectacle tourne toujours et existe en DVD, et Michieletto est devenu une star du monde lyrique international. Ceux qui avaient apprécié son inénarrable "Elisir d’amore" accueilli par La Monnaie au Cirque royal en septembre dernier adoreront cette farce rossinienne en un acte qui fait halte à l’ORW.

Effet comique garanti

Le livret (histoire assez classique de mariage arrangé par un vieux barbon, contré par les sentiments sincères que la soprano éprouve pour un ténor) est certes sans intérêt, mais la virtuosité musicale se double ici d’une réjouissante virtuosité scénique due notamment au décor astucieux de Paolo Fantin.

Toute l’action se déroule dans l’appartement de la belle Giulia qui, en cachette, reçoit les visites nocturnes de son bien-aimé, monté chez elle par une échelle de soie. Un appartement ultramoderne mais de dimensions restreintes, sans séparations apparentes entre les pièces mais dont les interprètes prennent soin de feindre d’ouvrir et fermer les portes imaginaires, et se cachent derrière des murs qui n’existent que pour eux. L’effet comique visuel est garanti, d’autant que la scène est surmontée d’un immense miroir qui reflète non seulement meubles et personnages mais aussi le plan de l’appartement, dessiné au sol (pranzo, bagno, soggiorno…).

Excellente distribution

Comme à Pesaro (et même si, comme c’est l’usage, Michieletto a délégué une assistante pour réaliser la reprise), le spectacle se révèle brillant, intelligent et drôle de bout en bout, joyeuse confrontation entre la pureté des sentiments et le prosaïsme des situations de la vie quotidienne.

Le chef américain Christopher Franklin insuffle ce qu’il faut de verve à l’orchestre de l’ORW, même s’il reste çà et là quelques légers décalages entre le plateau et la fosse. La distribution est globalement excellente, avec notamment la Giulia pleine de fraîcheur de Maria Mudryak, le désopilant Germano de Filippo Fontana, l’impeccable Blansac de Laurent Kubla et la Lucilla déjantée de Julie Bailly.

Le relatif dépouillement des décors est toutefois tel qu’il est un endroit du salon/salle à manger où les voix de plusieurs solistes semblent se perdre et peinent à passer l’orchestre quand elles ne sont pas projetées à pleine puissance.

--> Liège, Théâtre royal, les 15, 17 et 19 mars à 20h, www.operaliege.be. Différé sur Musiq’3 le 2 avril.