"C’est inimaginable ! Depuis quinze jours, c’est l’ébullition complète, s’enthousiasme Charlotte Jacquet, directrice de communication de Mons Arts de la Scène (Mars). Les régisseurs ont dû créer un studio radio ; la Maison Folie s’est transformée en musée - on n’a pas l’habitude - ; on a dû se connecter au Pôle muséal montois, qui a été hyper solidaire, car il construit la scénographie pour nous ;… Il y a une vraie frénésie. Ça fait beaucoup de bien. Alors que les salles de spectacle sont toujours fermées, créer le festival Demain a remis pas mal d’énergie au sein des équipes".

Les salles sont fermées, mais "on le fait !"

Inspiré du film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, le festival est né il y a cinq ans sous l’impulsion des centres culturels locaux du Borinage. "Il est dans le même état d’esprit que le film, c’est-à-dire qu’il se veut questionnant et interrogeant sur les crises que l’on traverse, qu’elles soient écologiques, économiques ou sociales, décrit Hélène Fraigneux, médiatrice culturelle au sein de Mars, tout en voulant partager des solutions positives et concrètes. Notre festival est donc vraiment représentatif d’un immense bouillon de culture qui mélange des artistes (notre corps de métier), des associations, des forces vives, des commerçants, des citoyens,…" Outre ce fil rouge qui traverse toutes les éditions, "il y a des couleurs plus particulières, souligne Charlotte Jacquet. Et, cette année, on a choisi l’engagement citoyen qui, parfois, peut aller jusqu’à la désobéissance civile".

"Ce thème, reprend Hélène Fraigneux, m’a paru intéressant à questionner en collaboration avec le milieu associatif et les forces vives locales. En septembre, nous avons donc été - masqués - à leur rencontre pour leur proposer de co-construire le festival avec nous. L’idée était de leur ouvrir les portes de la cuisine dès le départ". En tout, une trentaine d’associations montoises ont adhéré au projet. Pour en orchestrer l’organisation, Mars a reçu l’aide du Collectiv-a, une association bruxelloise qui accompagne, notamment, des formes de gouvernance partagée.

Malgré le deuxième confinement décrété à l’automne, "nous avons poursuivi nos réunions en zoom, raconte Hélène Fraigneux. Il y avait une dynamique et une belle énergie". Mais la crise sanitaire s’enlisant, toute l’équipe a dû se rendre à l’évidence en février : les salles de théâtre n’allaient malheureusement pas rouvrir de sitôt. "Nous avions construit un programme fabuleux, mais le Covid nous a freinés dans notre élan. Nous étions un peu désespérés, se souvient la directrice de communication. Lors d’une dernière réunion, il y a un peu plus de deux semaines, nous avons examiné les possibilités ‘Covid compatibles’ du festival. Il y avait un super enthousiasme et on s’est dit : ‘OK, on le fait !’" "Malgré tout, coûte que coûte, on a continué", enchaîne Hélène Fraigneux. D’où le sous-titre donné au festival cette année : S’engager malgré tout.

Une radio citoyenne

Si les spectacles prévus dans le cadre du festival sont, pour la plupart, reportés à la saison prochaine, le public pourra tout de même profiter du festival sous différentes formes (expos, balades en ville, conférences en ligne, ateliers participatifs,…) et dans le respect des règles sanitaires, du 24 mars au 3 avril. Nous avons pointé quelques événements pour vous.

Le temps du festival, la Maison Folie se muera en musée puisqu’elle accueillera une antenne de La Triennale de l’affiche politique, exposition en cours jusqu’au 19 décembre au Mons Memorial Museum. On pourra y découvrir une sélection d’affiches, issues des éditions précédentes, ayant trait à l’engagement citoyen et la transition écologique et sociale. "Au-delà, des associations locales (Vie Féminine, Oxfam,…) exposeront également leurs travaux", indique Charlotte Jacquet.

Rendez-vous à ne pas manquer, Cédric Herrou, cet agriculteur français qui a secouru des milliers d’exilés franchissant la frontière franco-italienne, donnera une conférence en ligne le 1er avril à 20 h sur son engagement citoyen.

"La situation sanitaire inédite nous a contraints à repenser nos pratiques et voir dans quels espaces de liberté on pouvait encore s’insérer pour créer", explique Hélène Fraigneux. La création d’une radio citoyenne expérimentale (radio Demain, disponible depuis le site internet de Mars et ses réseaux sociaux.) s’est donc imposée naturellement. Quatre émissions sont programmées. Au menu ? L’écoféminisme (le 25/3 de 18 h à 20 h) ; l’engagement citoyen (avec la participation de la journaliste Rokhaya Diallo, de la politologue Fatima Ouassak ou encore de la metteuse en scène Coline Struyf le 26/3) ; la mobilité douce (le 29/3) ; et l’économie sociale et solidaire (le 31/3).

La crise a frappé le secteur culturel de plein fouet, mais, en ce qui concerne le festival Demain, "elle nous a permis de sortir du cadre habituel et de faire de cet événement un grand laboratoire, se réjouit la directrice de communication. Cette année, il manque les artistes même s’ils travaillent en coulissent ou sont programmés sur radio Demain, mais pour la prochaine édition, ils sont absolument nécessaires. Vivement qu’ils reviennent sur le devant de la scène !"

Programme complet sur www.surmars.be