Foule mardi soir, au 210, pour la nouvelle création de la Cie de la Bête Noire. Il va être question, on le sait, d’enfance en souffrance et d’accueil d’urgence, de procédures et de cœur sur la main. Certaines représentations seront suivies de débats avec des associations; une soirée entière sera même consacrée au sujet "Accueillir un enfant chez vous", le 5 février au 140.

En attendant, c’est un seul en scène que déploie le toujours magistral et sensible Thierry Hellin (sacré meilleur comédien aux derniers Prix de la critique), sur le texte et sous l’œil de Céline Delbecq. Jeune auteure déjà de plusieurs pièces aux sujets souvent graves, cofondatrice de la Cie de la Bête Noire, metteure en scène, elle empoigne des matières dont elle connaît l’âpreté par son propre engagement social. Ceux qu’on appelle "enfants du juge" font partie de ce paysage gris, embrumé d’ignorance sinon d’indifférence. En Belgique, aujourd’hui, ils sont 2000 à attendre une famille d’accueil à court ou moyen terme.

Voir rouge

Trouvé sur la place du Jeu de Balle, à la fin du marché, "L’Enfant sauvage" est l’un de ceux-là. L’homme raconte : la découverte, les cris de bête, l’hôpital, les procédures, les chaises et les couverts dont la petite devra apprendre l’usage, l’assistante sociale, les contrôles, les regards, le dossier, le manque. Sa colère aussi, lui que souvent les réponses ou l’inertie auxquelles il est confronté font "voir rouge".

En ôtant l’enfant du plateau, en le faisant exister par la seule parole de l’homme - et les sons de Pierre Kissling, les lumières de Clément Papin, la scénographie de Delphine Coers -, paradoxalement Céline Delbecq lui redonne la valeur de sujet, le remet au centre de sa propre histoire.

Ceci n’est pas un plaidoyer. Pas seulement. Mais un monologue vivifiant, oscillant entre dureté extrême et tendresse absolue. Coup de cœur du bureau de lecture de France Culture, et "production solidaire et collective" portée par un large panel de lieux culturels, "L’Enfant sauvage" contient - en moins de 40 pages et à peine 1h10 - ce que le théâtre et la littérature offrent de vital, de bouleversant, de nécessaire : du sens.

Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au 23 et du 26 au 30 janvier, à 20h30. Durée : 1h10. De 8 à 16 €. Infos & rés. : 02.732.25.98, www.atelier210.be

Ensuite du 1er février au 12 mars (et la saison prochaine) en divers lieux de Wallonie et de Bruxelles. Calendrier complet sur audiencefactory.be