Après une tournée internationale, la pièce de Jean-Michel d’Hoop revient au Poche.

C’ est une chance !, s’enthousiasme Jean-Michel d’Hoop, directeur de la Cie Point Zéro et metteur en scène de L’Herbe de l’oubli . Tourner avec un spectacle dans des pays aussi lointains et exotiques que la Chine ou la Corée et où l’on peut rencontrer une autre culture, c’est vraiment une chance. Nous ne sommes pas beaucoup à le faire dans le théâtre adulte parlé. Nous sommes en fait la compagnie qui tourne le plus au grand international de manière récurrente."

Tout juste rentrée de Suisse et de France (après la Chine et la Corée en septembre et octobre), l’équipe de L’Herbe de l’oubli revient pour une halte de deux semaines au Théâtre de Poche, dès ce mardi 26 novembre, avant de repartir sur les routes de France. Le Poche, là où tout a commencé en 2017-2018 pour Jean-Michel d’Hoop et ses complices. "J’avais rendez-vous avec Olivier Blin (directeur du Poche, NdlR) pour vendre un autre de mes spectacles, Gunfactory, qui traite du commerce des armes, raconte le directeur de la Cie Point Zéro. En sortant du rendez-vous, il m’a demandé si je n’avais pas un autre spectacle. Je lui ai parlé de mon idée de faire quelque chose autour de Tchernobyl. Il m’a dit : ‘On fait celui-là !’ Mais on n’était nulle part. Notre chance, c’est qu’Olivier a pris le risque de foncer dans cette aventure."

Cinquante-deux représentations cette saison

Une aventure risquée car "c’était un sujet difficile (relayer la parole des témoins - les oubliés - de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 en Biélorussie sur leur vie au quotidien, NdlR), convient Jean-Michel d’Hoop. Donc, ce n’était pas forcément gagné en terme de rencontre avec le public. On pensait aussi que ça ferait peur aux acheteurs (du spectacle)." Et pourtant, le succès est au rendez-vous - la pièce est couronnée par le Prix du meilleur spectacle 2018 -, tandis qu’elle séduit les tourneurs étrangers.

"Pour qu’une pièce soit un tube au théâtre, il faut que cela soit un bon spectacle , explique Olivier Blin. Et pour qu’il y ait une grosse décentralisation, il faut quelques éléments déclencheurs. Dans le cadre de L’Herbe de l’oubli, il y a eu le Prix du meilleur spectacle, qui a toujours une incidence sur les tournées en Belgique. Mais il y a aussi eu le passage au Théâtre des Doms à Avignon en juillet 2018, qui donne lieu à une très grosse tournée en France. Plus de 450 tourneurs étaient présents, dont des tourneurs internationaux, comme la Chine et la Corée." Ainsi, pour cette saison 2019-2020, L’Herbe de l’oubli a 52 représentations programmées en Belgique, France, Italie, Suisse, Chine et Corée. "En 2020-2021, il y a des pistes en Belgique, France, Chine, Arménie, Australie, Allemagne…", précise Matthieu Defour, attaché de production et chargé de diffusion au Poche. En tout, "nous atteindrons 150 représentations à la fin de cette saison 2019-2020, en terminant par la scène nationale de Perpignan en avril 2020".

Un partenariat théâtre-compagnie

Pourquoi est-ce important pour un spectacle d’être diffusé en-dehors de ses murs de création ? "C’est une question d’amortissement, répond Olivier Blin. Il y a d’abord un investissement moral. À partir du moment où l’on crée un spectacle, c’est quand même dommage qu’il ne soit joué que trois semaines au Théâtre de Poche. Il faut que cette parole puisse ricocher." Ensuite, poursuit-il, "il y a un amortissement économique. Créer un spectacle coûte une petite fortune - souvent, le prix d’un appartement. À ce compte-là, il est absolument nécessaire qu’il génère une économie. Au Poche, cela arrive fréquemment. Nous sommes donc très attentifs à la décentralisation en Belgique et à l’international". Une démarche dans laquelle s’inscrit parfaitement Point Zéro puisque là où Le Poche a déjà fait tourner nombre de spectacles (Les monologues du vagin, Un fou noir au pays des blancs, Chatroom…), la compagnie parcourt le monde avec ses créations mêlant marionnettes et jeu de comédiens (France, Russie, Brésil…). Alors que les compagnies de théâtre se battent pour être davantage reconnues politiquement et mieux financées, Olivier Blin se félicite de cette collaboration avec Point Zéro, car "nous avons un modèle de partenariat entre un théâtre et une compagnie avec des risques de sens, artistiques et économiques partagés".

Tourner à travers le monde s’avère en outre une aventure tant artistique et économique qu’humaine. "Pour la première fois, je vis une vraie tournée internationale, se réjouit Benjamin Torrini, comédien dans L’Herbe de l’oubli. C’est incroyable ! Il y a aussi une envie de rencontrer les gens. Donc, un workshop est organisé avec des locaux et il y a un vrai échange, souvent autour de la marionnette. Il y a une poésie qui se met en place. Chaque voyage est rempli de belles choses".

Bruxelles, Poche, du 26 novembre au 7 décembre. Infos et rés. au 02.649.17.27 ou sur www.poche.be.