Pas de doute, l'auteur, comédien et metteur en scène Thierry Debroux – qui en 2011 a succédé à Yves Larec à la tête du Théâtre royal du Parc – est passé maître dans l'art de monter de grands spectacles populaires à partir de classiques de la littérature d'aventures.  “Je rêve d’en faire le lieu où le public jeune ou moins jeune puisse venir découvrir le théâtre de répertoire mais aussi des auteurs vivants et des créateurs d’aujourd’hui”, disait-il au moment de sa nomination. En 2009 déjà, il y avait signé un “ Capitaine Fracasse” couronné de succès. “J’étais très fier de voir trois et parfois quatre générations de spectateurs dans la salle [...]. Mon ambition est de voir cela le plus souvent possible.”

Et en effet, depuis lors, au Parc voient le jour des productions ambitieuses et rassembleuses. “ Le Tour du monde en 80 jours” d'après Jules Verne, devenu un tube de l'endroit, fait salle comble à chaque reprise depuis sa création à la rentrée 2011 (prochain retour en mai 2017)

La plume de Thierry Janssen

La saison dernière, plusieurs générations se régalaient des “ Trois mousquetaires” de Dumas, dans l'adaptation et la mise en scène de Thierry Debroux, avec en d'Artagnan l'épatant Julien Besure (nominé dans la catégorie meilleur espoir masculin aux Prix de la critique 15-16), que l'on retrouve – débarrassé de son accent gascon mais sous une tignasse rousse – en Jim Hawkins dans le spectacle tiré de “L'Île au trésor” de Robert Louis Stevenson. 



Car l'aventure, au Parc, se pare de complicités: Thierry Janssen, auteur du texte (comme, naguère, du “ Mystère Sherlock Holmes”, de l'adaptation d'“ Alice au pays des merveilles” ou de “ Fantomas”), campe dans la foulée un pirate accro aux cigarettes qui font rire. Othmane Moumen, son élasticité surprenante et sa morgue entêtante donnent corps au Dr Livesey. Quant à Angelo Bison, plus rare quoiqu'étant loin de faire ses premiers pas sur ce plateau, il incarne le redoutable Long John Silver face au chevalier Trelawney de Simon Vialle, celui-ci apparemment homme d'honneur mais âpre au gain et plutôt fourbe, celui-là craint de tous, avec sa jambe de bois et sa bande de vauriens toujours prêts à en découdre, mais dont la vilenie cache un coeur généreux. 

Délicieusement spectaculaire

Autre habitué de ce plateau et de ses cintres, Ronald Beurms signe une nouvelle scénographie ingénieuse, évocatrice, délicieusement spectaculaire, qui – grâce aussi aux belles gravures animées de son frère vidéaste Allan Beurms – nous emmène sur les mers et dans la jungle, mais aussi au coeur même du bateau où embarque le jeune Jim. 

© Zvonock


Lumières de Laurent Kaye, maquillages et masques d'Urteza Da Fonseca, combats chorégraphiés par Jacques Cappelle – car bien sûr on manie ici force sabre et épée –, décor sonore de David Lempereur, et même tours de magie coachés par Jack Cooper : le succès d'une telle entreprise s'appuie sur des talents multiples. De même, avec encore Myriem Akheddiou, Camille Pistone, Loriane Klupsch ou Claudio Dos Santos, parmi bien d'autres, les quinze comédiens de la distribution font montre d'une cohésion et d'une diversité qui habitent véritablement cette truculente “Île au trésor”.

© Zvonok



Bruxelles, Théâtre royal du Parc, jusqu'au 23 octobre, à 20h15 (la plupart des dimanches à 15h). Durée: 2h15 env., entracte compris. De 5 à 26 €. Infos & rés.: 02.505.30.30, www.theatreduparc.be