Star de Broadway, la comédie musicale, créée par Lin-Manuel Miranda, s’exporte.

Après avoir triomphé à Broadway, la comédie musicale Hamilton, qui retrace le parcours d’un des "pères fondateurs" de l’Amérique sur des airs de rap comme de ballades traditionnelles, espère désormais séduire le reste du monde, à commencer par l’Australie, en attendant l’Asie et l’Allemagne.

Déjà joué à Londres depuis fin 2017, et dans d’autres villes américaines, ce spectacle ultra-couru, salué comme la marque d’un renouveau de Broadway, a déjà annoncé une tournée en Australie et espère aller ensuite en Asie à partir de 2021, a indiqué à l’AFP Jeffrey Seller, son producteur. Les responsables du spectacle, joué essentiellement par des acteurs non blancs, travaille aussi à une version en allemand, avec un artiste de hip-hop et dramaturge local dont M. Seller n’a pas voulu révéler le nom. Des représentations à Mexico, peut-être en espagnol, sont aussi à l’étude.

"Mon espoir est que notre histoire, qui est une histoire de révolution, d’ambition et d’accomplissement personnel, puisse trouver un écho dans le monde entier", a indiqué M. Seller, surnommé parfois "PDG de Hamilton Inc." "Je pense, et j’espère, que l’épopée d’Alexander Hamilton est universelle."

Guichets fermés

Après ses débuts à Broadway en septembre 2015, le spectacle créé par Lin-Manuel Miranda, avec quatorze acteurs et un ensemble musical de douze personnes, connaît toujours un gros succès, avec quelque 520 000 places vendues chaque année. Il s’est encore joué à guichets fermés pendant la saison 2018-2019 qui vient de se terminer à New York, engrangeant près de 165 millions de dollars, soit 9 % des recettes totales de Broadway.

De Hillary Clinton, qui cita un passage du spectacle dans son discours d’investiture comme candidate démocrate à la présidentielle en juillet 2016, au vice-président Mike Pence - pris à partie par les acteurs lorsqu’il assista au spectacle peu après l’élection de Donald Trump en 2016 -, toute la jetset est passée par le théâtre Richard Rodgers (1 200 places). Et les spectateurs s’arrachent des billets rarement vendus en dessous de 250 dollars.

Il faut dire qu’il y en a pour tous les goûts dans l’histoire de ce jeune garçon né aux Antilles britanniques en 1757, parti de rien - il est initialement présenté comme "un orphelin, fils de prostituée" - avant de jouer un rôle militaire déterminant aux côtés de George Washington pendant la révolution américaine, puis de sauver la République naissante de la ruine financière. Alexander Hamilton finira par périr en 1804, tué en duel par son rival politique Aaron Burr, son faire-valoir dans le spectacle, à l’origine de la chanson vedette "The Room Where it Happens" .

Aux États-Unis, les tournées du spectacle s’annoncent déjà prometteuses : à Louisville (Kentucky), où le spectacle a débuté début juin, les ventes d’abonnement ont grimpé de 20 % en anticipation de cette production, a indiqué Leslie Broecker, une responsable locale.

Au-delà des divisions politiques

Pour Shannon Steen, professeure à l’Université de Berkeley, le succès de Hamilton aux États-Unis tient à son brassage des genres musicaux et à sa capacité à transcender les divisions politiques. Le spectacle "confirme que l’Amérique peut servir de modèle aux démocraties mondiales", un thème cher aux conservateurs, souligne-t-elle. À l’inverse, pour les critiques de l’administration Trump et de sa politique migratoire restrictive, les applaudissements sont devenus systématiques lorsque les comédiens entonnent le refrain "Les immigrés font avancer les choses." Ce thème de l’immigration "ne rencontrera sans doute pas le même écho en dehors [ des États-Unis] mais ce sera intéressant de voir comment il est accueilli par d’autres publics", dit Mme Steen.

Et Paris ?

Le spectacle, où le personnage du marquis de Lafayette joue un rôle important, pourrait aussi se jouer à Paris pour quelques semaines, en anglais, en 2022-2023, dans le cadre d’une tournée européenne. Bien que les Français ne raffolent pas des comédies musicales à l’américaine, Hamilton pourrait même être adapté en français si la production anglophone se vend bien. L’Allemagne reste cependant plus prometteuse, où des spectacles comme Wicked ou Le Roi Lion ont remporté un franc succès, selon M. Seller. Le spectacle pourrait faire ses débuts à Hambourg à l’automne 2020, selon Stephan Jaekel, porte-parole de la société allemande Stage Entertainment qui dirige déjà des auditions pour Hamilton, même si aucun contrat définitif n’a encore été signé. "On ne se lancera que si l’on est sûrs de deux choses", dit-il. "La première, avons-nous une traduction qui serve vraiment la pièce ? Et la seconde, peut-on trouver assez de bons comédiens sur place pour que le spectacle marche ?"