Le pari est gagné. Mercredi soir, lors du premier vernissage de « Work/Travail/Arbeid, l’émotion était unanime et palpable. Les visiteurs du Wiels pouvaient déambuler à leur guise au troisième étage où dans les deux salles, par ailleurs totalement vidées, évoluaient six danseurs de Rosas et six musiciens d’Ictus. Les danseurs forment des duos, des trios, tournent en courant, vous frôlent, vous contournent. Ils s’arrêtent, tombent, sautent. On sent leurs vibrations, leurs coeurs qui battent.

Le visiteur, comme dans toute exposition, vient quand et aussi longtemps qu’il veut. Toute la journée s’il le souhaite, pour mieux sentir la danse entrer en lui, comme lui est entré dans la danse.

Neuf semaines non-stop

On sait que la durée totale de cette « expo/danse » est de neuf semaines non-stop, par phases répétées de neuf heures, sept heures par jour (de 11 à 18 h). Deux castings de danseurs et de musiciens réalisent cette grande première. Jamais la danse ne fut exposée comme cela. Tout est millimétré, ne laissant aux danseurs que le choix d’improviser une seconde si un visiteur est dans son chemin (lire notre interview d’Anne Teresa De Keersmaeker et de la commissaire Elena Filipovic dans La Libre de samedi). Mais tout semble si fluide.

On reste figé devant ce « Vortex Temporum » de Grisey, dilaté dans le temps et poussé dans ses lignes de force, à découvrir la beauté d’un mouvement, la grâce d’un danseur, la beauté aussi de la musique jouée live par Ictus avec des musiciens qui bougent comme les danseurs : un piano tourne lentement dans les salles tandis que Jean-Luc Plouvier continue à y jouer, un trio à cordes apparaît, un flutiste, une clarinettiste.

On reste subjugué comme devant un Rembrandt de la fin et qu’on en détaille longuement les envolées ou devant un Rothko à plonger dans la profondeur de la peinture.

Ce que nos avons vu mercredi était magnifique, mais chacun verra autre chose de ces neuf heures, chacun aura son « fragment » personnel, son épiphanie.

Quand la foule est là, la danse s’insinue partout. La sensation sera différente quand on sera quasi seul avec les danseurs, dans l’intimité du geste et du corps.

1600 personnes au vernissage !

Il faut venir idéalement à différents moments quand la lumière varie. L’après-midi est le plus belle quand le soleil passe à travers les vitres et dessine avec ses rais dorés et ses ombres sur le sol, la cosmogonie sous-jacente de ce travail.

L’expérience fait déjà le « buzz » international. Jeudi soir, au vernissage des amis du Wiels, des visiteurs étaient venus de Londres, de Paris, de partout. Jeudi soir, pour le vernissage public, on attendait (craignait !) 1600 personnes, du jamais vu au Wiels.

Pendant ces neuf semaines, ATDK sera là, sur le même étage ou en-dessous, où un autre étage entier est à sa disposition, pour créer un solo où elle dansera sur une musique pour flûte de Sciarrino. Elle créera au Wiels ce « work in progress » appelé » « My Breathing is my dancing », le 8 mai pour le « Kunsten ».

Mercredi, les ministres de la culture des deux Communautés étaient là, le directeur de la Monnaie venait d’annoncer qu’il gardait quand même une place pour ATDK dans sa saison prochaine et on apprenait que l’Opéra de Paris lui commandait une mise en scène pour l’année suivante. En 2016, cette expo/danse sera durant neuf jours au Centre Pompidou, dans l’aile sud du rez-de-chaussée, totalement vitrée et même les promeneurs pourront à leur tour, découvrir ces moments de grâce.


Au Wiels, jusqu’au 17 mai, de 11à 18 h, fermé les lundi et mardi.