Sincère et touchant, l’artiste raconte sa cure de désintoxication, à  Soissons.

Terminées les soirées aux Bains Douches, les tournages avec Dewaere et Depardieu, les nuits avec Carole Laure, la rencontre avec Prince aux toilettes, le tout, ou presque, dopé à l’héro. Fini de mentir. Et de cavaler chaque matin, après l’avoir fait au " cul des dealers ", à la pharmacie du coin pour acheter, légalement, et pour deux euros cinquante, sa boîte de codéine. Un médicament contre la toux, mais surtout un produit de substitution, aussi efficace qu’addictif.

Aujourd’hui, c’est à Bucy-le-Long, " le trou du cul du monde " que Riton Liebman, dans un langage cru - qui chez lui, ne devient jamais vulgaire -, nous donne rendez-vous.

Sincère et fragile

Sincère, narcissique et fragile, il ne cherche pas les effets de scène, et raconte, avec quelques chaises pour unique décor, sa cure de désintoxication. Lunettes noires, manteau et sac sur le dos, il franchit les grilles du château des Ruisseaux. Tout allait bien. Jusqu’au jour où sa compagne lui propose de partir sur " une île à la con " où il n’y a pas moyen de trouver de la codéine. Il prévoit un stock de trente-cinq boîtes, et se fait pincer. Il a beau jurer que c’était pour un copain… Rien n’y fait.

En arrivant, incognito, au centre Apte, il espère rencontrer Gainsbourg ou quelque autre célébrité, mais ne croisera que "la tige", avec son jogging trop court, le "beau Daniel", Tom Cruise des supermarchés, et autres gueules cassées.

Une galerie de portraits livrée avec humanité, pour dire la difficulté d’arrêter. Avec les nuits blanches, les impatiences, ces tremblements incontrôlables qui trahissent le manque, les envies de "foutre le camp", et de céder aux sirènes des croix vertes clignotantes. Il y a aussi le thérapeute avec son accent américain. Et surtout, le groupe, indispensable, malgré les nombreux échecs. Tout cela, l’artiste le raconte sans fard, avec l’humour du désespoir, dans une mise en scène de Gabor Rassov, essentielle pour son témoignage. Le soir de la première, une tête blanche sortait des rangs. Sa mère, chez qui il revenait drogué, malgré lui, et surtout malgré elle. Car ne pouvoir empêcher son fils de se détruire est une chose, assister à ce désastre en est une autre, comme une double peine.

  • Bruxelles, Théâtre de Poche, jusqu’au 22 février. Infos, rés. : 02.649.17.27 - www.poche.be